Élevé par différentes familles à œuvrer comme servant, Karrion a rapidement développé son sens de l’intrigue. Écoutant à chaque serrure et sécurisant bijoux comme secrets, le jeune tiefling était aussi charmant qu’opportuniste. L’Orphelin au visage clair allait d’une famille à une autre au rythme des saisons, affutant ses stratagèmes et s’enorgueillissant de plus belle.
Alors qu’il vieillissait, les servantes s’amourachaient de lui, puis les cuisinières et finalement les filles des maîtresses où il se trouvait. C’est l’une d’entre elle, quelque part près de Caer-Nergal qui lui brisa le cœur. La troisième fille d’une riche le dénonça aux autorités alors qu’elle avait vu clair dans son jeu. Il ne l’aimait pas, mais il s’en voulu maladivement de s’être laisser prendre.
Il passa quelques jours dans quelque cachot attendant son châtiment quel qu’il soit. À sa grande surprise, on vint lui annoncer que les dommages avaient été remboursés et sa libération autorisée. Il connaissait bien le symbole qui ornait le col de son bienfaiteur. C’était la rose qu’il avait maintes fois peintes dans ses premiers souvenir. Les Chevaliers de la Roseraies lui avaient appris l’art du charme et ils n’allaient certainement pas laisser un de leur meilleur investissement croupir dans un cachot pour avoir usurpé leurs techniques.
Karrion dû servir dans les Chevaliers de la Roseraie dès lors. Non à son désagrément, car il excellait dans ses devoirs et y prenait plaisir, mais aussi parce qu’il put enfin mettre un terme à une vie d’errance. La rose maladroite qu’il avait maintes fois peintes avec son inaptitude enfantine devint la fresque d’une roseraie qui orna les murs de sa chambre.
Plusieurs années sont passées depuis ce jour et cette chambre qu’il avait dans l’une des Maisons des Roses de Caer-Nergal appartient aujourd’hui à un autre homme. L’Orphelin au visage clair à l’aube de la trentaine divertissait maintenant ses clients dans un établissement du pré de la Baies-des-Loups. Malheureusement, le territoire était difficilement accessible et toujours occupé par une nouvelle menace. Non seulement était-ce mauvais pour les affaires, mais ces menaces l’empêchaient aussi de peindre les paysages grandioses de la région. Contraint à se résigner à défendre le territoire plus souvent qu’autrement, Karrion jura de rester au service des Chevaliers de la Roseraie et de s’enrôler dans la Dernière Garde.
Depuis, il a fait la rencontre de la mimique Valshalxal qui l’a renforcé dans toutes ses certitudes quant à la force du nombre, de l’importance d’amener plus de vies pour protéger la Vie.