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La Percée de Golzorroth

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La brèche n'avait pas été annoncée. Elles ne l'étaient jamais. Celle-ci s'ouvrit sans prévenir au nord de la Bourbière de Bass, à la lisière sud-ouest des Terres Libres. Avec elle apparut un territoire entier, arraché à son monde d'origine et déposé là, instable, sans maître. Un endroit que personne ne possédait, que personne ne surveillait. Pour la Cour des Affres, c'était une porte entrouverte. Pour Golzorroth, c'était une occasion à ne pas laisser passer.

Il n'avait pas choisi l'endroit. Personne ne choisit où Les Brèches s'ouvrent, du moins c'est ce que l'on dit. Mais il avait choisi d'agir vite, et ça, c'était bien lui.

Le Contexte

Le territoire apparu avec la brèche n'appartenait à personne. Pas lié, pas revendiqué, pas surveillé. Une zone tampon soudaine entre la Bourbière de Bass au sud et les Terres Libres au nord-ouest, le genre d'endroit que les cartographes n'avaient pas encore eu le temps de noter. Aucune garnison à alerter, aucun capitaine à réveiller en pleine nuit. Juste du terrain ouvert, une brèche active, et du temps pour s'y installer.

Ce calcul était juste. Presque.

Ils ont choisi l'endroit que personne ne regardait. Erreur. Nous, on le regardait.|Zha'koss, lors de la plaidoirie pour le Perchoir

L'Assaut

Les troupes de Golzorroth émergèrent en nombre dès que la brèche fut jugée suffisamment stable. Infanterie infernale, créatures liées par les pactes de la Cour des Affres, renforcées par des éléments avancés chargés d'élargir la brèche et de sécuriser un périmètre. Le plan était d'ancrer rapidement une présence démoniaque dans ce territoire apparu de nulle part, avant que les royaumes voisins aient eu le temps de délibérer sur qui devait intervenir.

Les Terres Libres, touchées en périphérie par les premières incursions qui débordaient vers leur frontière sud-ouest, mobilisèrent lentement. Les distances étaient grandes, les routes peu directes, et personne n'avait de troupes prépositionnées pour réagir à une brèche dans une zone qui n'existait pas la veille.

Ce que Golzorroth n'avait pas intégré dans ses calculs, c'était la proximité du clan Tlach-Tlar-Tolok.

La Résistance du Clan

La Bourbière de Bass bordait directement le territoire apparu. Les chasseurs du clan furent parmi les premiers à voir la brèche s'ouvrir et les troupes infernales en sortir. Ils n'attendirent pas d'ordres venus d'ailleurs. Il n'y avait pas d'ailleurs. Il y avait eux, la brèche, et le territoire nouveau qui brûlait déjà.

Ce qui aurait dû être une prise de territoire sans résistance significative devint une série d'engagements constants, épuisants, menés par des chasseurs qui réagissaient vite sur un terrain certes inconnu, mais que personne d'autre ne connaissait non plus. Le clan ne chercha pas à affronter l'armée infernale frontalement. Il la mordit, se retira, frappa ailleurs, revint. Les lignes d'approvisionnement furent harcèlées. Les unités avancées chargées d'élargir la brèche furent neutralisées avant d'avoir pu terminer leur travail.

Les traces de combat sont partout. Marques de griffes sur la roche, impacts de flammes infernales sur les arbres, zones de terre retournée là où quelque chose de lourd est tombé. Et entre tout ça, des empreintes de lézardiens qui semblent avoir été partout à la fois.

Zha'koss commandait les chasseurs. Elle n'avait pas encore trente saisons. Elle menait par l'exemple, ce qui dans les faits signifiait qu'elle était toujours à l'endroit le plus difficile au moment où c'était le plus difficile. Les cicatrices sur son avant-bras gauche datent de cette période.

Les troupes de Golzorroth tinrent leur position autour de la brèche mais ne purent jamais vraiment s'étendre. Coincées entre un terrain que personne ne maîtrisait encore et des chasseurs qui refusaient de les laisser souffler, elles perdirent l'initiative. Sans l'initiative, l'opération n'avait plus de sens.

Golzorroth, commandant à distance, ordonna le repli.

Ils sont partis comme ils étaient venus. Vite. Les survivants ont couru vers la brèche. Certains n'ont pas eu le temps de la traverser.|Thaa'kak, à qui l'on rapporta les événements

L'Après

La Dernière Garde arriva après coup. Elle trouva un territoire dévasté, une brèche encore ouverte et instable, et les chasseurs du clan au milieu de tout ça, épuisés, debout.

Les Trammeurs fermèrent la brèche. Ce travail leur appartenait, et ils le firent. Mais ce qu'ils fermèrent, c'était une brèche que le clan avait déjà contenue. La différence n'était pas mince.

Les créatures que Golzorroth avait laissées derrière lui, celles qui n'avaient pas eu le temps de repasser de l'autre côté avant la fermeture, se dispersèrent dans les recoins du territoire. Elles y sont probablement encore. Elles semblent peu enclines à provoquer des affrontements de grande envergure, comme si elles avaient retenu la leçon que leurs congénères n'avaient pas eu le temps de transmettre.

Ce sont elles que les chasseurs du Perchoir traquent encore aujourd'hui, méthodiquement, entre deux saisons de chasse ordinaire.

Conséquences

La Percée de Golzorroth eut une conséquence directe et immédiate : elle précipita La Plaidoirie de Zha'koss devant La Dernière Garde, menée sur le terrain même de la brèche fermée, et aboutit à la liaison du territoire sous le nom de Perchoir de Thaa'kak. Sans la percée, ce territoire apparu de nulle part serait peut-être resté une zone grise indéfinie pendant des années encore, revendiquée par personne, défendue par personne.

La Cour des Affres n'a pas renoncé à ce secteur. Elle a simplement appris que ce territoire-là avait des dents. Golzorroth, lui, n'a pas commenté l'échec publiquement. Dans la Cour des Affres, les échecs ont tendance à ne pas être commentés. Ils sont simplement notés, quelque part, par quelqu'un qui se souviendra au bon moment.