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Lieu

Le passage des Ardoises

À Mérance, le passage des Ardoises réunit des cuisines, des réparateurs et des chambres louées sous une toiture reprise de nombreuses fois. Un projet de réfection menace les loyers et les accès de service. Pour les habitants, obtenir un toit solide ne suffit pas : il faut encore pouvoir rester dessous.

3 min de lecture

À Mérance, le passage des Ardoises traverse un groupe de maisons dont les arrière-boutiques ouvrent sur une rue couverte. Des plaques de tôle ont remplacé des ardoises cassées ; les réparations se voient mieux depuis les fenêtres des chambres que depuis le pavé. On vient y faire reprendre une chaussure, manger avant un service ou chercher un lit dont le prix se négocie à la semaine. Les cuisines occupent les locaux les plus bas, là où les gouttières débordent.

Sous la toiture

La lumière grise entre aux extrémités et par des vitrages encrassés. Les commerçants allument leurs lampes au-dessus des établis. Éléonore Bachet, qui tient une cuisine, essuie les bancs avant de servir une soupe épaisse et conserve les talons de pain pour les clients qui les préfèrent trempés. Elle connaît les habitudes des ouvriers plus sûrement que leurs horaires affichés.

Un réparateur loue aussi des romans sur une tablette épargnée par les fuites. Le registre des prêts comporte une colonne pour les pages manquantes : on peut contester une dette de deux feuilles si l'on retrouve le lecteur précédent. Ces petites querelles attirent un public qui aide volontiers à chercher, surtout quand la pluie retarde le départ.

Ce qui doit rester ouvert

Deux sorties donnent sur des rues découvertes ; une cour de service reçoit les livraisons. Des habitants préfèrent traverser le passage lorsqu'ils craignent une trouée dans la couverture du ciel. La toiture doit cependant être entretenue, et personne ne peut compter sur une plaque fendue comme abri. Les vendeurs dégagent les sorties avant les heures d'affluence. Une charrette immobilisée dans la cour peut obliger les résidents des étages à descendre par les escaliers des boutiques.

Éléonore refuse qu'un marchand entrepose ses caisses devant sa porte arrière. Il paie pourtant une part des réparations et menace de retirer son argent. Un relevé des livraisons permettrait de réserver des heures de passage ; les locataires demandent une issue accessible aussi lorsque les boutiques sont fermées. Il faut obtenir des clefs, déplacer les stocks et décider qui vérifiera les portes.

Payer la réfection

Une entreprise propose de reprendre la charpente par sections. Les propriétaires annoncent déjà des loyers plus élevés, alors qu'aucun devis accepté n'est affiché. Le couvreur a laissé chez Éléonore un dessin indiquant les appuis trop faibles. Une pensionnaire possède les quittances de travaux payés l'année précédente : elles concernent les gouttières, pas les poutres. Comparer les documents évite de confondre réparation mal faite et réparation jamais commandée.

Jeanne Sorel accepte d'examiner ces papiers pour le Courrier des bourgs. Certains locataires veulent signer ensemble ; d'autres craignent de perdre leur chambre. On peut chercher un accord sur les loyers, soutenir une réfection limitée ou rendre publics les risques constatés. Pendant les discussions, Éléonore continue de déplacer ses seaux pour garder assez de place autour des tables.

Ces deux pages manquaient déjà quand j’ai emprunté le livre. Qu’on retrouve le lecteur d’avant moi : je veux bien lui payer une soupe s’il se souvient de ce qu’il y avait dessus.

— Une lectrice du passage des Ardoises