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Culture

La vie quotidienne

Acheter le pain, laver les draps, faire durer un outil : la paie doit suffire jusqu’à la suivante. Sous le ciel sombre, les familles cherchent des soins et du combustible, mais aussi le temps de recevoir, de lire ou d’aller au cinéma.

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La vie quotidienne

Dans les Terres de suie, on règle sa journée sur les horaires de l’atelier, du train ou du commerce. Le jour, une lumière grise traverse les nuages. La nuit, les lampes éclairent les rues et les logements où l’on peut les alimenter. Pour beaucoup de familles, quelques jours sans paie suffisent : le pain manque, le loyer prend du retard.

Se loger et faire les provisions

Près des entrepôts et des usines, on loue parfois un lit plutôt qu’une chambre, et plusieurs foyers puisent au même point d’eau. La suie noircit le linge mis à sécher. Il faudra du savon, du combustible et du temps pour le laver encore. Dans les maisons aisées, les domestiques entretiennent les pièces sèches, chauffent les chambres et préparent l’eau propre.

Quand l’argent manque, on achète les provisions par petites quantités. Les conserves et les champignons complètent les maigres récoltes ; les produits frais des serres éclairées coûtent plus cher. Une partie des denrées et du combustible arrive par le train. Un arrivage retardé peut contraindre à réduire les repas ou à ne chauffer qu’une pièce. Vivre sous le ciel noir décrit les contraintes de ces cultures et de ces livraisons.

Une chaussure à reprendre, un manteau à recoudre, un outil à rapporter à l’atelier : on fait durer ce qui sert encore. Mettre l’outil en gage procure de l’argent, au risque de perdre un moyen de travailler. Quelques semaines plus tard, une réparation qu’on n’a pas pu payer coûte parfois davantage.

Travailler et se soigner

De réparation en réparation, les machines restent en service. Des moteurs récents entraînent des mécanismes usés ; les ouvriers passent près des courroies découvertes et des conduites brûlantes. Un blessé peut être soigné au dispensaire et reprendre son poste trop tôt : son foyer dépend de sa paie. Les patients aisés ont plus souvent le linge propre, la chambre et le temps qu’il faut pour se remettre.

À Ormeval, les Établissements Ravel fournissent des logements et des services à leurs employés, en plus du salaire. Pour changer de travail, il faut parfois trouver aussi une chambre et un autre moyen de rejoindre l’atelier. Les voisins et la Caisse des métiers puisent dans leurs propres réserves pour aider : un repas, une contribution au loyer, le prix d’un trajet.

Lorsqu’un Cendré connaît une Reprise, un proche peut manquer son service pour rester auprès de lui. On cherche qui apportera le repas, qui saura appeler un praticien sans alerter tout le quartier. Les voisins peuvent aider à quitter une pièce devenue dangereuse ou tenir compagnie après un épisode sans violence. La peur d’un signalement pousse parfois à différer les soins. Garder un emploi dépend alors aussi de la discrétion de ceux qui ont entendu une voix changer.

Se déplacer et donner des nouvelles

Le rail mène de la ville à Brévannes, puis à Ormeval ; depuis Brévannes, une route rejoint Fontenac. En chemin, sous la couverture sombre, on repère les bâtiments où se réfugier. Si une trouée laisse entrer le soleil, les brûlures peuvent être mortelles. Pouvoir payer une voiture fermée change le voyage.

Une lettre, un avis imprimé, un appel téléphonique permettent de joindre un proche ou de préparer une visite. Certains ont leur appareil à la maison ; d’autres doivent passer par le bureau de l’employeur. Pour se rendre ensuite sur place, il reste à payer le transport et à trouver du temps hors du travail.

Retrouver ses proches

On emprunte des romans, on prépare les repas de mariage, on économise pour le cinéma. À Fontenac, une troupe amateur joue dans une salle qu’il faut chauffer. À Brévannes, artisans, familles et musiciens se retrouvent à la Foire des ateliers.

Avant de retrouver ses proches, il faut parfois réparer le vélo, garder une portion pour un invité ou finir son service assez tôt. On parle du travail, d’un apprentissage espéré, d’une visite attendue ; on se dispute aussi en famille. Même à l’étroit dans un logement partagé, on ne renonce pas toujours à recevoir.

Nous mangerons un peu serrés, voilà tout. J’ai prévu une portion pour elle ; ce serait dommage qu’elle reste chez elle parce que nous n’avons pas une chaise de plus.

— Un habitant d’un logement partagé