Landmark
Creuset d'Azra
On ne trouve pas le Creuset d'Azra. On y descend. Toujours descendre : d'abord la pente de la montagne, puis le couloir taillé dans la roche, puis les marches, puis encore d'autres marches, jusqu'à ce que l'air change. Jusqu'à ce qu'il devienne chaud et lourd, chargé d'humidité et d'une vapeur âcre qui sort des fissures dans les murs comme un souffle trop retenu. Jusqu'à ce que la lumière du jour disparaisse complètement et que les torches prennent le relais, projetant des ombres qui ne correspondent à rien.
C'est là que ça commence.
La chaleur vous frappe comme l'intérieur d'un four. L'air est épais, presque à mâcher, mêlé d'une odeur de soufre et de sang séché. Des torches accrochées à intervalles irréguliers éclairent des ruelles de pierre qui bifurquent sans logique apparente. Des gens longent les murs en regardant le sol. D'autres vous regardent trop fixement. Quelque part plus bas, quelque chose rugit : la foule ou une bête, vous ne savez pas encore.
Géographie & Atmosphère
Le Creuset d'Azra est enfoui sous les montagnes du Désert de Morte-Pierre. Personne ne sait avec certitude à quelle profondeur il s'étend, parce que personne n'a jamais fait le relevé complet de ses galeries, et parce que Laholdas n'encourage pas ce genre de curiosité.
Ce qui est visible ressemble à une ville souterraine étouffée dans sa propre roche. Des ruelles creusées à même la pierre, des bâtiments adossés aux parois, des plafonds bas qui pèsent sur tout ça comme un couvercle. Des fissures dans les murs suintent en permanence une vapeur minérale qui crée un brouillard de basse altitude, surtout aux intersections, surtout dans les coins sombres. La lumière n'est jamais franche : c'est toujours des torches, des braseros, des braises. Des sources de chaleur qui s'ajoutent à la chaleur déjà insupportable.
La roche transpire ici. On ne s'habitue pas à respirer. On apprend à le faire moins.
Ce Qu'on y Trouve
Le Creuset est un repaire. Pas une ville, pas un fort : un endroit où les lois du monde extérieur n'ont jamais eu cours, et où personne n'est venu les établir. Des bandits au regard dur côtoient des assassins furtifs, des contrebandiers et des parieurs compulsifs. Des gens venus vendre quelque chose d'illégal. Des gens venus acheter. Des gens venus oublier ce qu'ils ont fait ailleurs.
Chaque coin sombre peut cacher une lame. Chaque transaction est un calcul de risque. La règle non écrite est simple : ce qui se règle entre deux personnes reste entre elles, à condition que ça reste discret. Quand ça devient bruyant, les hommes de Laholdas s'en occupent, et la discrétion revient d'elle-même.
Les fuyards finissent enchaînés dans le noir. C'est ce qu'on dit. C'est probablement vrai.
T'as besoin de quelque chose que le monde normal refuse de te vendre ? Descends. T'as besoin que quelque chose disparaisse ? Descends. T'as besoin de disparaître toi-même ? Descends aussi, mais sois sûr de ce que tu demandes.|Inconnu, entendu dans une taverne de Caer-Nergal
L'Arène
Au coeur du labyrinthe, taillée à même la roche comme une plaie ouverte dans la montagne, se trouve l'arène. C'est la raison pour laquelle la plupart des gens descendent ici. Pas pour les affaires, pas pour se cacher : pour voir.
Les gradins sont des strates de roche brute à peine dégrossie, taillés en paliers irréguliers autour d'une fosse centrale. La foule s'y entasse à chaque combat, corps contre corps dans une chaleur qui approche l'insupportable. Elle chante. Elle rugit. Elle célèbre.
Ce qu'elle célèbre, c'est rarement la victoire. C'est la mort qui s'approche, le moment où quelqu'un en bas comprend qu'il n'y a plus d'issue. La foule du Creuset a une façon de sentir ça avant même que le combattant le sache lui-même, et c'est à ce moment-là que le bruit devient le plus fort.
Dans la fosse, les criminels les plus redoutables d'Althar s'affrontent. Certains pour la gloire. Certains pour la richesse. Certains parce que Laholdas leur a fait comprendre qu'ils n'avaient pas le choix, qu'il ne reste plus rien à perdre, que le seul choix qui demeure est de tomber debout ou de disparaître sans bruit. Les combats peuvent opposer des individus, des équipes, ou des combattants contre des créatures capturées dans le désert.
L'air de la fosse est un mélange de sueur, de sang séché et de poussière de roche. Ceux qui y descendent pour combattre disent qu'on s'y sent seul d'une façon qui n'existe nulle part ailleurs : entouré de centaines de spectateurs qui hurlent, mais entièrement seul. Juste la roche, la vapeur âcre, et le bruit sourd du sang dans les oreilles.
Azra ne se souvient pas des noms. Elle ne retient que le sang.|Gravé sur un mur de la fosse, auteur inconnu
Laholdas
Le Creuset n'existe que parce que Laholdas l'a voulu ainsi. Elle en est la force dominante, l'architecte et le dernier mot sur tout ce qui s'y passe.
C'est une dragonbord aux écailles rouge sang, d'un rouge si profond qu'à la lumière des torches elles semblent noires, puis cramoisies, puis presque vivantes selon l'angle. Dans un endroit déjà saturé de chaleur et de violence, elle s'y fond comme si le Creuset avait été construit pour elle, ou comme si c'était elle qui avait été construite pour lui. Les deux hypothèses circulent. Personne ne lui a jamais posé la question.
Elle observe depuis son trône de pierre quelque part dans les profondeurs, dans des espaces que la plupart de ses propres hommes n'ont jamais vus. Ses yeux froids calculent la valeur de chaque chose : une cargaison de minerai, une information, un homme dans la fosse. Tout est une pièce sur son échiquier. Tout a un prix qu'elle est la seule à fixer.
Son charisme magnétique attire ceux qui l'entourent, son avidité insatiable les garde à portée, et son imprévisibilité les maintient en alerte permanente. Elle peut basculer en un instant d'une froideur calculatrice à une rage dévastatrice, et ceux qui l'ont vu faire les deux savent qu'aucune des deux n'est plus dangereuse que l'autre. Son orgueil est draconique au sens le plus littéral : elle ne supporte pas qu'on lui rappelle ses erreurs, ne tolère pas la défiance en public, et n'oublie jamais une offense.
Ses décisions arrivent par intermédiaires, toujours claires, toujours définitives. Les rares fois où elle apparaît elle-même, c'est que quelque chose d'important est en train de se régler. Ce n'est jamais bon signe pour celui en face d'elle.
Connexions Extérieures
Le Creuset d'Azra n'est pas isolé. Laholdas a compris depuis longtemps que l'influence est plus durable que la domination directe, et ses agents opèrent dans plusieurs endroits du désert.
À Caer-Eskil, les Griffes de Roche entretiennent une relation commerciale assumée : minerai contre argent, débiteurs contre combattants. À Grarbaldar, un bâtiment discret dans l'enceinte du fort sert de relais de recrutement, alimentant l'arène en candidats qui ne savaient pas exactement ce qu'ils acceptaient. D'autres fils s'étendent plus loin encore, dans les royaumes extérieurs, là où les agents du Creuset se fondent dans le tissu ordinaire du commerce et de la politique.
Le Creuset reçoit. Il transforme ce qu'il reçoit. Ce qui en ressort ne remonte jamais à la surface sous la même forme.
Rumeurs
On dit que les galeries les plus profondes du Creuset n'ont jamais été cartographiées, et que Laholdas refuse systématiquement d'en parler. Certains affirment qu'elles descendent jusqu'à l'Ombreterre.
Un champion de l'arène a refusé de combattre lors du dernier grand spectacle. Personne ne l'a revu depuis, mais certains témoins jurent avoir entendu, plus tard, son nom annoncé pour un combat de la semaine suivante.
Les agents du Creuset à Grarbaldar recrutent plus intensément que d'habitude depuis quelques semaines. Laholdas prépare quelque chose de grand.