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Lieu

Ormeval

Ormeval fabrique des pompes et des vannes, cultive sous des lampes coûteuses et loge une partie de ses ouvriers chez leur employeur. Aux jardins comme dans la cour Ravel, les habitants cherchent de quoi réparer, se soigner et rester chez eux. Les sorties à vélo permettent aussi de se retrouver hors de l'usine.

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À Ormeval, les Établissements Ravel fabriquent des pompes, des vannes et des pièces pour les ateliers de la région. Les bâtiments de l'usine bordent l'embranchement ferroviaire. Derrière leurs clôtures, les jardins ouvriers donnent peu sous le ciel sombre et reçoivent les eaux qui débordent des fossés. Plus loin, les fermes dépendent de récoltes maigres et de serres dont l'éclairage coûte cher. Les lampes des cultures consomment du combustible qui manque aussi aux logements.

Travailler chez Ravel

L'entreprise loue une partie des logements, finance un dispensaire et fait circuler une voiture entre le bourg et les lieux de travail. Perdre son emploi peut faire perdre l'accès à ces services. Au dispensaire, on nettoie les plaies et l'on soigne les maladies ordinaires, mais une journée passée à attendre reste une journée sans salaire. Des ouvriers reprennent donc leur poste avant d'avoir guéri.

Des moteurs récents entraînent de vieux arbres de transmission. Les courroies passent à découvert, les conduites sont reprises avec des colliers et les mécaniciens travaillent dans le bruit, près du métal brûlant. Les pièces destinées aux clients sont mesurées avec précision. L'installation qui les fabrique peut pourtant être un assemblage grossier de machines usées. Dans les bureaux de direction, les portes ferment bien et les radiateurs ne fuient pas.

Ce que coûte un départ

Quitter Ravel peut signifier chercher à la fois un emploi, un logement et un nouveau moyen de transport. Les gardes expulsent les ouvriers renvoyés de l'enceinte de l'usine, à coups s'ils résistent. Récupérer une caisse d'outils ou contester une retenue de salaire peut alors demander un témoin prêt à se montrer. Certains réclament des garanties écrites ; d'autres ont trop de dettes pour risquer un renvoi.

La Caisse des métiers tient des permanences dans le bourg. Elle peut aider à payer un trajet ou une consultation juridique. Ses moyens ne lui permettent pas de remplacer les services de l'entreprise pour toutes les familles.

La cour des logements

Dans la cour des logements Ravel, les locataires partagent un lavoir dont le tuyau est mal protégé contre le gel. André Mallet, encore en convalescence après une blessure au travail, a reçu un avis de départ. Sa voisine Rosalie Perrin lui apporte ses repas et accepterait de témoigner sur son état ; son propre bail dépend pourtant de l'entreprise. L'avis, les quittances et les feuilles du dispensaire permettent de distinguer ce qu'il doit de ce qu'on exige pour le faire partir. Obtenir un délai ou un autre logement ne règle pas à lui seul la perte de son salaire.

Les fleurs des chambres de culture

Quelques producteurs gardent une tablette de leurs cultures éclairées pour les fleurs de cérémonie. Les clochettes de lait voyagent en pot ; les éventails de craie sont réservés pour les costumes et les scènes de théâtre. Des voisins partagent aussi une petite chambre de culture, avec des tours d'arrosage et des achats de combustible en commun. Une floraison leur donne l'occasion de recevoir, mais une livraison manquée peut les obliger à choisir entre les fleurs, les légumes et le chauffage.

Suzanne Morel entretient des bacs de légumes sous des réflecteurs ternis. Une rangée de lampes s'éteint par intermittence ; elle a marqué les heures dans son cahier. Une livraison de combustible manque également. Le défaut de l'installation et le chargement détourné vers une réparation du sanctuaire doivent être examinés séparément. Un mécanicien peut vérifier les raccords pendant que les reçus permettent de suivre le combustible. Suzanne veut préserver les cultures et les parts promises aux foyers qui les ont payées, sans laisser les habitants les plus pauvres supporter seuls la perte.

Après le service

Un groupe de cyclistes organise des sorties sur les routes des environs. Les vélos sont souvent rachetés usés et entretenus à plusieurs. Les apprentis y côtoient des employés plus anciens et des gens des fermes. Une sortie dépend du temps libre, de l'état des pneus et de ce que chacun peut emporter à manger. Le groupe choisit des routes où il connaît des abris, au cas où la couverture du ciel s'amincirait pendant le trajet.

Le vélo est d’occasion, les pneus aussi. Nous les regardons ensemble avant de partir ; je demande surtout qu’on ne passe pas toute la sortie à parler des machines de l’usine.

— Une cycliste employée chez Ravel