Organization
Fouille-Sable
Ils arrivent toujours après les tempêtes. Parfois même pendant. On les reconnaît à leur façon de regarder le sol plutôt que l'horizon, à leurs cordes enroulées à la hanche, à cette expression particulière qui mélange la cupidité et quelque chose qui ressemble à de la résignation. Les Gens de la Trace les appellent les Fouille-Sable. Le reste du monde les appelle fous. Les deux ont raison.
Le Métier
Les Fouille-Sable cherchent ce que le Désert de Morte-Pierre dissimule sous ses sables : les ruines d'une civilisation dont personne ne sait rien, parce qu'elle existait avant L'Éveil, avant que quiconque soit là pour s'en souvenir. Lors de L'Éveil, chaque territoire est apparu avec un peuple, une mémoire, un passé oublié. Le désert, lui, n'est venu avec personne. Ce qu'on trouve en dessous n'appartient à aucune histoire connue.
Ce n'est pas une guilde. Il n'y a pas de serment, pas de quartier général, pas de liste de membres. C'est une façon de travailler, une réputation qui précède, un surnom donné par d'autres avec un mépris à peine voilé. On devient Fouille-Sable en partant fouiller les ruines et en revenant. La deuxième partie est plus difficile qu'il n'y paraît.
Le sable ne cache rien. Il garde. Ce n'est pas la même chose.|Vieux dicton des Gens de la Trace
Les Dangers
La plupart des Fouille-Sable ne vivent pas vieux. Ce n'est pas une exagération, c'est une statistique que n'importe quel tenancier de comptoir du désert peut confirmer en comptant les visages qui ne sont pas revenus.
Le désert tue en premier : chaleur, tempêtes, désorientation, manque d'eau. Ce sont les risques partagés avec n'importe quel voyageur imprudent. Ce que les ruines ajoutent est différent, et ceux qui ont essayé de l'expliquer le font mal, parce que les mots qu'il faudrait n'existent pas encore.
Les Fouille-Sable qui ont survécu assez longtemps pour développer une méthode descendent rarement seuls, préparent une retraite avant d'entrer, et n'allument jamais de feu à l'intérieur. Les débutants demandent pourquoi. Les survivants ne répondent pas à cette question.
On ne t'explique pas la règle du feu. Si tu dois la comprendre en bas, c'est déjà trop tard de toute façon.|Nommie
Les Poussiéreux
On appelle Poussiéreux les rares Fouille-Sable qui ont survécu assez longtemps pour prendre leur retraite. Le surnom vient de leurs demeures : des endroits envahis d'objets rapportés du désert, empilés sans ordre apparent, couverts d'une couche de sable et de poussière que personne ne songe à enlever. Visiter un Poussiéreux, c'est traverser une collection qui ne ressemble à rien d'autre, où un fragment d'inscription côtoie un outil sans nom posé à côté d'une cruche ordinaire.
Ils sont peu nombreux. Assez pour qu'on les connaisse par leur prénom. Assez peu pour qu'on se souvienne de chacun.
Nommie
La vieille gnome est installée dans un fauteuil dont on ne voit presque plus le tissu sous les objets entassés dessus et autour. Sa maison à Caer-Shata'um est un désastre magnifique : des étagères qui ploient, des caisses ouvertes dont le contenu déborde sur le sol, du sable dans chaque recoin. Elle vous a vu entrer sans lever les yeux. Elle finit ce qu'elle regardait, pose l'objet avec soin, et seulement alors tourne la tête vers vous avec un sourire qui a l'air sincèrement ravi.
Personne ne sait exactement l'âge de Nommie, et elle ne le dit pas. Ce qu'on sait, c'est qu'elle a fouillé des ruines que des Fouille-Sable d'aujourd'hui n'ont jamais entendues nommer, et qu'elle est revenue de chacune. Elle vit à Caer-Shata'um depuis plus longtemps que la plupart de ses voisins peuvent s'en souvenir, dans une maison que les gens de la ville décrivent comme un accident en attente de s'effondrer et qu'elle décrit comme parfaitement organisée.
Elle encourage le métier avec un enthousiasme que les gens raisonnables trouvent franchement irresponsable. Les débutants qui passent chez elle pour des conseils repartent avec trois histoires, un objet qu'elle a jugé bon de leur prêter, et une conviction que le désert est exactement l'endroit où ils devraient aller. Le fait que la moitié d'entre eux ne reviennent pas ne semble pas l'affecter outre mesure. Elle dit que ça fait partie.
Bien sûr que c'est dangereux. C'est pour ça que c'est intéressant. Si tout le monde revenait, ce ne serait pas du tout la même chose.|Nommie, à un Fouille-Sable qui venait lui demander si c'était vraiment une bonne idée
Réputation
La Cour des Absous condamne la pratique sans jamais avoir réussi à l'interdire formellement. Le désert n'appartient à personne, et la Garde Livide n'y patrouille pas.
La position officielle tient en peu de mots : ce qui existait avant L'Éveil n'appartient pas à la lumière de Sog'tha. Les "Gardiens des Vérités" de la Cour sont formels sur ce point. L'Éveil est le commencement. Ce qui précède est au mieux une absence, au pire une contamination. Ramener des objets de ces ruines dans le monde vivant, c'est introduire quelque chose d'antérieur à toute révélation, quelque chose qui n'a jamais été absous, qui ne peut pas l'être. La Cour appelle cela de l'impiété. Les Fouille-Sable appellent ça du commerce.
Le reste du monde trouve les Fouille-Sable à la fois admirables et profondément stupides. Braves, disent certains, avec le ton qu'on utilise pour parler de quelqu'un qui ne peut pas s'aider. Fous, disent la plupart, sans intention d'insulte. C'est un constat. Le désert les tue, et ils y retournent quand même.