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Organization

Sans-Nom

9 min de lecture

Ils sont arrivés comme tout le monde arrive dans le désert : par le train, ou à pied, avec rien. Sauf qu'eux n'avaient pas non plus de raison de repartir. Le désert a fait ce qu'il fait toujours aux gens qui s'y attardent trop longtemps. Il les a gardés. Et quelque part en dessous, quelque chose les a accueillis. Ce qu'ils sont devenus depuis, personne en surface ne le sait vraiment. Ce qu'on imagine est probablement moins inquiétant que la vérité.

Vous êtes dans une taverne d'un des Caer. Un homme s'installe à la table voisine. Il commande à boire sans donner son nom. Il n'a pas de bagage visible. Ses mains sont calleuses d'un travail que vous n'arrivez pas à identifier. Il ne regarde personne en particulier, mais il regarde tout. Quand vos regards se croisent, il ne détourne pas les yeux. Il attend. Quelque chose dans sa façon d'être assis vous met mal à l'aise sans que vous puissiez expliquer pourquoi. Puis il repart, aussi silencieusement qu'il est arrivé. Le tavernier ne lui a pas posé de questions. Il ne vous en posera pas non plus.

Informations Générales

Présentation

Personne ne sait exactement combien ils sont. Personne ne sait non plus depuis combien de temps ils existent. Ce qu'on sait, ou ce qu'on murmure dans les arrière-salles des Caer, c'est qu'il y a des gens en dessous. Des gens qui ont décidé, ou qui ont été forcés de décider, que leur vie d'avant était terminée.

Les Sans-Nom ne sont pas une guilde. Ils n'ont pas de charte, pas de chef, pas de hiérarchie formelle. Ce sont des individus qui partagent un espace souterrain et un accord tacite : on ne pose pas de questions sur ce qu'on était. On n'a plus de passé. On a des compétences, et ces compétences servent le groupe. C'est suffisant pour survivre. C'est tout ce qui reste.

Ils se trouvent dans tous les Caer du désert, sous les pieds des habitants, dans des réseaux de tunnels et de cavernes dont personne en surface ne connaît l'étendue réelle. Certains de ces passages recoupent des structures bien plus anciennes, des galeries taillées avant l'Éveil, des salles dont l'architecture ne correspond à rien de connu. Les Sans-Nom y vivent, y travaillent, y vieillissent. Parfois ils en meurent. Personne ne grave leur nom sur les murs.

Je l'ai vu descendre par une fissure derrière les entrepôts de Caer-Eskil. J'ai regardé où il allait. Il n'y avait rien là. Juste de la roche. Mais il est passé quand même, et la roche l'a avalé.|Chargeur du quai de Caer-Eskil, propos rapportés

L'Origine telle qu'on la raconte

La version qui circule dans les Caer n'est pas une histoire qu'on raconte à voix haute. C'est quelque chose qu'on glisse entre deux gorgées, en regardant ailleurs, quand on est sûr que personne d'important n'écoute.

Au début, il y aurait eu un groupe. Pas des gens qui cherchaient quelque chose, des gens qui fuyaient. Ce qu'ils fuyaient, les versions divergent : une persécution, une dette impossible, une catastrophe dont ils étaient responsables ou victimes, selon qui parle. Ce qui est constant dans tous les récits, c'est qu'ils n'avaient plus rien. Pas de nom qui vaille encore quelque chose, pas d'endroit où aller, pas de raison de se montrer à la lumière.

Ils sont descendus sous le désert, probablement par accident, probablement par désespoir. Et là-dedans, dans quelque chose d'ancien et d'obscur qui attendait depuis bien avant eux, ils ont trouvé une présence. Elle ne leur a pas parlé comme un dieu parle à ses fidèles. Elle n'a pas fait de promesses spectaculaires. Elle a simplement offert ce que ces gens cherchaient sans savoir comment le demander : un abri, une protection, et l'oubli de tout ce qu'ils avaient été.

En échange, elle leur a pris leurs noms. Leurs identités. Ce qu'ils étaient avant de descendre. Un marché que les premiers ont accepté parce qu'ils n'en voulaient plus de toute façon.

L'Innommé

On dit qu'il y a quelque chose en dessous. Quelque chose d'ancien, d'avant les Caer, d'avant les noms qu'on a donnés aux choses dans ce désert. Quelque chose qui protège ceux qui descendent, et qui prend quelque chose en échange. Ce que c'est, personne en surface ne le sait vraiment. Ceux qui le savent ne remontent pas pour en parler.

Son nom, s'il en a eu un, a disparu avec ceux qui le connaissaient. Les rares fois où les Sans-Nom y font référence, ils disent l'Innommé. Puis ils changent de sujet.

Il était là avant nous. Il sera là après.|Entendu à voix basse, Caer-Nergal

Ce que le désert fait à certains

Vivre assez longtemps sous la pierre, dans le silence et l'obscurité, change les gens. C'est ce que disent ceux qui ont côtoyé des Sans-Nom en surface et qui ont survécu à la rencontre. Pas tous de la même façon, pas tous au même degré. Mais certains d'entre eux ont quelque chose que les autres n'ont pas.

On parle de magie, en surface. De vieille magie du désert, de corruption de la Trame, d'un pacte qui déforme ceux qui le portent trop longtemps. Les explications varient selon qui parle et ce qu'il a vu. Ce qui est constant, c'est l'inconfort. La sensation, en face de certains Sans-Nom, que la conversation n'est pas tout à fait équilibrée. Que l'autre sait quelque chose qu'on n'a pas dit. Que la colère ou la peur qu'on essaie de cacher n'est pas aussi cachée qu'on le pensait.

Et puis il y a les autres témoignages, plus rares, moins crédibles en apparence. Un homme qui jure avoir vu quelqu'un se glisser dans une fissure large comme deux doigts et ne pas ressortir. Une femme qui décrit avoir parlé à quelqu'un pendant une heure et réalisé ensuite qu'elle ne pouvait pas décrire son visage. Un garde qui raconte avoir vu les traits d'un inconnu se recomposer lentement, comme de l'argile qu'on travaille, jusqu'à ressembler à quelqu'un qu'il connaissait.

En surface, on range ça dans la catégorie des histoires qu'on raconte après trop de bière. Mais on baisse quand même la voix pour les raconter.

La vie en dessous

Personne ne sait vraiment ce qui se passe là-dedans. Ce qu'on en sait vient de bribes, de mots glissés par des gens qui ont parlé à quelqu'un qui avait parlé à quelqu'un d'autre. Des tunnels, des cavernes, des ruines qui n'appartiennent à aucune époque connue. Une société qui fonctionne, d'une façon ou d'une autre, sans lois écrites et sans chef reconnu. Des gens qui disparaissent en dessous et qui, parfois, remontent pour faire quelque chose en surface avant de redescendre.

Ce qu'on dit, c'est qu'on peut leur confier certaines choses. Que les problèmes qu'on leur confie ont tendance à se régler. Qu'il y a des façons de les contacter, si on sait chercher, et que chercher trop fort n'est pas toujours une bonne idée.

Le reste, personne ne le sait. Et ceux qui le savent ne remontent pas pour en parler.

Ce que le monde sait, ou croit savoir

On sait qu'ils existent. Dans chaque Caer, dans les tavernes et sur les quais et dans les marchés, il y a une conscience diffuse que sous les pieds des vivants ordinaires, il y a des gens qui ne veulent pas être trouvés. On ne le dit pas trop fort. Par prudence. Parce que la personne en face pourrait en être une. Parce que le porteur qui charge les caisses depuis trois semaines sans jamais donner son nom de famille pourrait redescendre ce soir dans quelque chose que vous ne trouverez jamais. Parce que certains Sans-Nom, dit-on, savent exactement ce que vous ressentez avant que vous ouvriez la bouche.

Les autorités des Caer les tolèrent sans le dire ouvertement. Les Sans-Nom ne font pas de bruit inutile. Ils ne volent pas au hasard, ne perturbent pas le commerce, ne recrutent pas de force. Et s'attirer leurs mauvaises grâces, ça non plus personne n'en a envie. Ce silence mutuel convient à tout le monde.

Les rumeurs sont nombreuses et contradictoires. Certains disent qu'ils sont des centaines. D'autres, des dizaines seulement. Certains disent qu'on peut les payer pour faire disparaître quelqu'un, si on sait comment les contacter. D'autres disent qu'ils savent lire dans les pensées et qu'ils changent de visage comme on change de manteau. D'autres encore disent que tout ça c'est des histoires, que ce sont juste des misérables qui vivent dans des trous.

Ceux qui disent ça n'ont probablement jamais eu affaire à eux.

Structure interne

On ne sait pas comment ils s'organisent. On ne sait pas s'ils s'organisent. Ce qu'on observe depuis la surface, c'est une cohérence sans visage : des gens qui agissent dans le même sens sans qu'on voie jamais personne donner des ordres. Quelque chose les tient ensemble. Ce que c'est, personne en dehors d'eux ne le sait.

Rumeurs & Péripéties

  • Un marchand de Caer-Nergal a voulu faire appel à eux pour régler un différend commercial. Il a réussi à transmettre sa demande. Trois semaines plus tard, son problème a disparu. Lui aussi, peu après. Personne ne sait si c'est lié.

  • Un des Sans-Nom serait remonté en surface depuis plusieurs semaines sans redescendre. Certains pensent qu'il a retrouvé quelque chose qu'il croyait avoir oublié. D'autres pensent que c'est plus grave que ça.

  • Une section du réseau sous Caer-Nergal aurait été murée de l'intérieur. Personne ne dit pourquoi. Personne ne demande.

  • Un chercheur de ruines de l'Avant aurait cartographié des galeries sous Caer-Eskil qui correspondent exactement à des descriptions de tunnels des Sans-Nom. Il cherche à contacter quelqu'un. Personne ne lui répond. Il commence à avoir peur que quelqu'un lui réponde quand même.

  • Depuis quelques mois, des Sans-Nom de différents Caer arrivent au même endroit dans les tunnels, indépendamment les uns des autres, comme appelés. Aucun d'eux ne sait expliquer pourquoi il est venu là.

  • On murmure qu'un Sans-Nom très ancien n'a plus de visage dans les mémoires de ceux qui vivent avec lui depuis des années. Pas qu'il soit mémorable ou non. Juste que personne ne peut le décrire après qu'il est parti de la pièce.