Landmark
Shalanthil
Le premier signe que Shalanthil approche, ce n'est pas le fort. C'est l'odeur. Une puanteur grasse et chaude qui monte du sol avant même que les murs apparaissent, comme si la terre elle-même avait croupi ici pendant des siècles. Puis le fort lui-même, assemblage de pierres, de poutres et de décisions prises à la hâte par des gens qui espéraient rester moins longtemps qu'ils n'ont finalement dû. Les gens du coin l'appellent le Fort-Bâtard. Pas par mépris. Par honnêteté.
Le fort est plus petit que vous ne l'imaginiez. Les murs portent les cicatrices de plusieurs reconstructions : des pierres claires là où de vieilles brèches ont été colmatées, du bois récent posé sur des fondations plus anciennes, une section entière de palissade refaite avec des matériaux visiblement venus d'ailleurs. Un feu brûle dans la cour. Des silhouettes s'y réchauffent sans vous regarder arriver, soit par méfiance, soit par épuisement. Quelque part dans le fort, une voix naine grogne quelque chose que vous n'entendez pas clairement. Personne ne semble surpris par le ton.
Informations Générales
Géographie & Environnement
Shalanthil occupe un point de croisement dans le sud de la Mer de Poussière, là où la piste venant de Fort-des-Pieux se sépare : d'un côté vers Corvarel, de l'autre vers Caer-Osnère. Ce n'est pas un endroit que l'on choisit pour sa beauté ou son confort. C'est un endroit qu'on choisit parce qu'il n'y en a pas d'autre.
À l'ouest, les Gorges de Sable-Noir découpent le paysage d'une façon qu'on préfère ne pas regarder trop longtemps. Elles ne mènent nulle part de connu. Elles n'ont pas été cartographiées. Les gens qui travaillent ici les voient chaque matin depuis les créneaux et n'en parlent pas, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que ne pas y penser.
À une bonne journée de marche au sud, la trame remonte en surface entre le fort et Corvarel. Des filaments épais, luisants, qui s'étalent dans le sable comme des racines d'un arbre inversé. La Vase Putride suit les mêmes veines, abondante, poisseuse. La zone est infestée de ravageurs. Les Flammaciers qui font la route connaissent les passages. Les autres apprennent vite, ou n'apprennent pas du tout.
On s'habitue pas à l'odeur. On s'habitue à ignorer qu'on s'y habitue pas.|Brekka Durnsdottir, à un Flammacier de passage
Architecture & Apparence
Shalanthil ressemble à ce qu'il est : un lieu que personne n'a jamais eu les moyens ou l'intention de finir. Chaque faction qui y a séjourné a laissé sa couche. Les fondations sont celles des premiers prospecteurs, larges et grossières, taillées à la main dans une pierre grise qui ne vient pas de la région. Par-dessus, les elfes ont ajouté une section de mur avec leur précision habituelle, lignes nettes, jointures presque invisibles. Un bâtiment au fond de la cour porte leur style reconnaissable, sobre et fonctionnel, bien que ses volets soient maintenant cloués et qu'on ne l'ouvre plus.
Le reste est le travail de dizaines de mains différentes. Des poutres récupérées ailleurs, des réparations faites avec ce qu'on avait sous la main, des ajouts pratiques sans aucune cohérence esthétique. C'est pour ça qu'on l'appelle le Fort-Bâtard. Il n'a pas de père. Il en a une vingtaine, tous partis avant de finir ce qu'ils avaient commencé.
Histoire
L'histoire de Shalanthil est la même histoire racontée plusieurs fois avec des noms différents. Des prospecteurs apprennent l'existence de pierres précieuses dans les sous-sols. Ils arrivent avec de l'espoir, de l'équipement et l'intention de faire fortune. Ils descendent. Les Ravageurs arrivent. Quelqu'un meurt. Les autres partent.
Les elfes du Masrith ont repris le fort à un moment donné, assez longtemps pour y laisser quelques sections de mur et un bâtiment, pas assez longtemps pour résoudre le problème des ravageurs. Leur présence a été remplacée par d'autres prospecteurs, qui ont été remplacés par d'autres.
Le fort a été vide, parfois pendant des mois. Les Ravageurs s'y installaient alors librement, laissant leurs traces dans les sous-sols et dans les couloirs du bas. Chaque nouveau groupe qui arrivait commençait par nettoyer ce que le précédent avait laissé derrière lui, corps inclus.
La Compagnie du Flammacier parcourt la piste entre Fort-des-Pieux et Shalanthil régulièrement depuis assez longtemps pour avoir leurs propres habitudes ici. Ils savent où sont les problèmes. Ils s'arrêtent, livrent ce qu'ils ont à livrer, et repartent.
Brekka Durnsdottir
La naine qui dirige le groupe est plus vieille que la plupart de ses recrues. Elle est petite, large d'épaules, et se déplace dans le fort avec l'assurance de quelqu'un qui a déjà décidé que cet endroit lui appartient. Une mèche grise tressée lui barre le front. Elle tient un marteau de prospecteur à la main, pas comme une arme, juste comme une habitude. Quand elle vous parle, elle vous regarde d'un oeil puis de l'autre, jamais les deux à la fois, comme si elle calibrait quelque chose. Si vous parlez doucement, elle vous demandera de répéter. Pas avec politesse.
Brekka a déjà perdu une expédition ici. Les détails varient selon qui raconte, mais le fond est constant : des gens sont morts en bas, et elle est remontée sans eux. Ce qu'elle a fait entre ce moment-là et celui où elle a commencé à recruter pour repartir, personne ne le sait précisément.
Elle est dure d'oreille, ce qu'elle refuse d'admettre et compense en parlant plus fort que nécessaire. Elle a un caractère que ses recrues qualifient diplomatiquement d'entier. Elle a recruté les seules personnes qui ont accepté de venir, ce qui veut tout dire sur la réputation du Fort-Bâtard dans la région. Son groupe est composé de déserteurs de contrats, de débutants sans expérience sérieuse, d'un gemmologue qui boit trop et d'un garde qui n'a clairement jamais vu un ravageur de près. Elle le sait. Elle s'en accommode. Elle avance quand même.
J'entends très bien. C'est vous qui parlez trop bas.|Brekka, régulièrement
Collectivité
Population
Une dizaine de personnes recrutées par Brekka faute de mieux. Le groupe ne ressemble pas à une équipe de prospection aguerrie : un gemmologue compétent mais peu fiable, quelques bras valides sans formation spécifique, un garde engagé pour les descentes qui semble découvrir l'étendue du problème en temps réel. Personne n'est là par vocation. La moitié est là parce qu'ils n'avaient pas d'autre offre ce mois-là.
Maintien de l'ordre
Brekka décide. Son autorité repose moins sur le respect que sur le fait que personne n'a encore proposé d'alternative crédible. Elle parle fort, tranche vite, et n'explique pas deux fois. Ceux qui ont des objections les formulent entre eux, pas en face d'elle, en partie parce qu'elle ne les entendrait peut-être pas, en partie parce qu'ils l'entendraient très bien répondre.
Points d'Intérêt
L'entrée des sous-sols Une trappe dans le plancher de la salle centrale, renforcée par les occupants précédents avec du métal récupéré. L'odeur de vase monte de là en permanence. On entend parfois des sons venant d'en bas, la nuit, qui ne ressemblent pas à de l'eau. L'accès est gardé pendant les heures d'extraction. En dehors de ces heures, personne ne se porte volontaire.
Le bâtiment elfique La construction la plus ancienne et la mieux faite du fort, aujourd'hui utilisée comme entrepôt pour les pierres remontées. Les volets sont cloués. Quelqu'un a gravé des marques sur le seuil, pas elfiques, pas récentes. Personne du groupe actuel ne sait ce qu'elles signifient et personne n'a encore posé la question à voix haute.
Le campement des prospecteurs La cour intérieure sert de zone de vie. Feu central, couchages improvisés, tables de travail pour trier les pierres remontées. C'est ici que le groupe mange, dort, discute et évite certains sujets. L'ambiance oscille entre la fatigue et quelque chose de plus difficile à nommer.
Les Gorges de Sable-Noir Visibles depuis le chemin de ronde ouest. Personne ne s'y aventure. Personne ne propose d'aller voir. Ce n'est pas une règle écrite. C'est un consensus qui n'a pas eu besoin d'être formulé.
Vie Quotidienne & Ambiance
Les journées à Shalanthil sont organisées autour des descentes. Un groupe descend, les autres attendent en surface. Quand le groupe remonte, on trie les pierres, on mange, on dort par rotation. Brekka descend elle-même plus souvent que Mellok le juge raisonnable, ce qu'elle sait et ignore délibérément.
Mellok veut partir. Il le dit depuis plusieurs semaines, de plus en plus clairement, à quiconque veut bien l'entendre. Brekka entend parfaitement cette partie-là. Elle dit que le contrat n'est pas terminé. Mellok dit que le contrat ne vaut rien si tout le monde est mort. Brekka dit qu'on n'est pas morts. Le reste du groupe observe cet échange se répéter sans prendre position, ce qui n'est pas la même chose que ne pas avoir d'opinion.
La nuit, le fort est silencieux sauf pour les bruits montant des sous-sols. Personne n'a identifié leur source avec certitude. Personne n'insiste pour le faire.
Le contrat court jusqu'à ce qu'on ait ce qu'on est venus chercher. C'est écrit noir sur blanc. Vous savez lire, non ?|Brekka, à Mellok
Rumeurs & Péripéties
Mellok veut partir. Il le répète depuis des semaines. Brekka dit que le contrat n'est pas terminé. Entre les deux, personne n'a encore décidé à voix haute de quel côté il se range, mais les regards commencent à se compter.
Un des prospecteurs est descendu seul il y a quelques jours, sans en parler à personne. Il est remonté les mains vides et n'a rien expliqué. Brekka a haussé les épaules. Ce n'est pas certain qu'elle ait entendu le rapport.
Les Flammaciers de la dernière livraison ont posé plus de questions qu'à l'habitude sur l'état des sous-sols et le volume de pierres remontées. Le passeur a dit que c'était une curiosité personnelle. Personne n'y a cru tout à fait.
Quelqu'un dans le groupe prétend avoir entendu quelque chose répondre, une nuit, aux bruits montant des sous-sols. Depuis, personne ne dort dans la pièce la plus proche de la trappe. Brekka dort dans cette pièce. Elle n'a rien entendu, ou elle ne dit rien.
Brekka possède une carte que personne d'autre n'a vue en entier. On l'a aperçue une fois sur la table de la salle centrale. Elle montrait des niveaux en dessous de ceux que le groupe a atteints. Quand on lui a demandé ce que c'était, elle a replié la carte sans répondre, ce qui, chez elle, vaut une réponse.