Aller au contenu principal

Location

Mer de Poussière

7 min de lecture

De loin, depuis le bord des falaises ou depuis les hauteurs de Fort-des-Pieux, la Mer de Poussière ressemble à quelque chose de paisible. Une étendue grise et plate, presque lisse, avec quelques pics rocheux qui percent la surface comme des îles dans un océan immobile. Le silence est complet. Aucun vent audible, aucun mouvement visible, rien qui bouge. C'est le genre de paysage qu'on regarde longtemps avant de comprendre ce qu'on regarde vraiment. Et quand on comprend, on reste au bord.

La surface est grise et uniforme jusqu'à l'horizon. Elle ne brille pas, ne réfléchit pas la lumière, elle l'absorbe. Les pics rocheux qui émergent ça et là sont les seules verticalités dans un paysage autrement parfaitement plat. Il n'y a pas de son. Pas de vent, pas de bruissement, pas d'écho. Votre propre voix semble s'arrêter à quelques mètres de votre bouche comme si l'air ne voulait pas la porter. En regardant à vos pieds, là où la surface est légèrement perturbée, vous voyez des ouvertures sombres dans la poussière, des trous qui descendent vers quelque chose que vous ne pouvez pas voir.

Informations Générales

Géographie

La Mer de Poussière occupe un énorme plateau surélevé au nord-est du Désert de Morte-Pierre. Des falaises immenses l'encerclent sur presque tout son périmètre, rendant tout accès ordinaire impossible. Au nord, la chaîne de montagnes qui ceinture le désert ferme l'horizon. À l'est, la Forêt des Blancs Pas borde le plateau sans qu'on puisse dire exactement où l'une finit et l'autre commence. Au sud et à l'ouest, les falaises tombent à pic sur des centaines de mètres.

Un seul accès commode existe : une rampe naturelle large de plusieurs kilomètres qui descend depuis le plateau vers la zone entre Caer-Nergal et Fort-des-Pieux. C'est par là que la poussière sort lors des grandes tempêtes. C'est par là aussi que le regard des habitants de Fort-des-Pieux se pose chaque matin sur cette étendue qui commence presque à leurs pieds.

Des pics rocheux percent la surface à intervalles irréguliers, les seules formes verticales dans un paysage autrement parfaitement horizontal. Ce sont les seuls repères visuels dans la Mer. Vu depuis les falaises, ils ressemblent à des îles. Vu de près, si jamais on s'en approchait, ce sont simplement des roches qui tiennent encore debout là où tout le reste a disparu sous la poussière.

La Surface et ce qu'elle cache

La poussière de la Mer n'est pas du sable. Elle est plus légère, plus fine, d'une couleur grise uniforme qui ne ressemble à rien d'autre dans le désert. On s'y enfonce. Une petite créature disparaîtrait complètement. Une créature de taille moyenne s'y retrouverait jusqu'à la taille, parfois jusqu'au cou selon l'endroit. Sous la surface, il y a un fond solide, à quelques pieds de profondeur. La distance varie. Personne ne connaît la carte de ces variations.

Ce fond n'est pas uniforme. Il est percé de trous. Des abîmes qui s'ouvrent sans prévenir sous la poussière, invisibles depuis la surface jusqu'à ce qu'on y tombe. Leur profondeur est inconnue. Certains descendent vers des cavités, d'autres peut-être vers quelque chose de plus profond. La partie de l'Ombreterre qui correspond au plateau de la Mer de Poussière n'a jamais été cartographiée. Les tunnels qui remontent depuis le dessous n'ont jamais été trouvés, ou ceux qui les ont trouvés ne sont pas remontés.

Des créatures vivent dans ces trous. On le sait parce que des choses disparaissent dans la Mer quand elles s'en approchent trop. Ce qu'elles sont exactement, personne ne le sait avec certitude. Ce qu'elles attendent, c'est que quelque chose descende à leur niveau.

J'ai regardé dans un trou depuis le bord de la rampe. J'ai vu quelque chose bouger en dessous. Je ne suis pas retourné vérifier.|Mercenaire de la Compagnie du Flammacier

Les Tempêtes

Les tempêtes de la Mer de Poussière sont les plus dangereuses du désert, non pas à cause de leur force, mais à cause de ce qu'elles transportent. Quand la surface se soulève, la poussière monte en nuages denses qui bouchent la vue à quelques centimètres. Elle s'infiltre partout, dans les poumons, sous les paupières, entre les dents. Respirer devient un effort conscient qui échoue rapidement sans protection. Les habitués de Fort-des-Pieux reconnaissent les signes avant-coureurs et s'enferment avant que le nuage descende par la rampe.

Ce que les tempêtes révèlent, paradoxalement, c'est le sol. Quand la poussière tourbillonne à hauteur d'homme et que la vue horizontale est impossible, le sol lui reste lisible. Les trous deviennent visibles, leurs bords sombres contrastant avec la grisaille en mouvement. Certains avancent que c'est le seul moment où l'on pourrait vraiment cartographier les abîmes. Aucun de ceux qui ont avancé cela n'a essayé.

La poussière que les tempêtes expulsent du plateau par la rampe s'étale dans le désert environnant et peut atteindre Caer-Nergal. C'est cette poussière particulière, plus fine et plus grise que le sable ordinaire, qui recouvre les murs de Fort-des-Pieux et s'accumule dans les poumons de ceux qui y vivent depuis trop longtemps.

Une Région Sans Utilité

La Mer de Poussière n'a pas d'utilité connue. Cette formulation revient régulièrement dans les rares rapports qui la mentionnent, comme si l'absence d'utilité était elle-même une anomalie qui méritait d'être notée. Le Désert de Morte-Pierre est hostile mais productif : il a des mines, des routes, des ressources. La Mer de Poussière est hostile et ne donne rien.

Des idées ont circulé. Les trous qui descendent vers l'Ombreterre feraient d'excellentes caches pour des contrebandiers, à l'abri de tout regard et de toute autorité. L'idée est régulièrement soulevée dans les tavernes de l'Enclos de Caer-Nergal, généralement par des gens qui n'ont jamais vu la Mer de Poussière. Ceux qui l'ont vue ne soulèvent pas cette idée. Le chemin depuis Fort-des-Pieux est court sur une carte. En pratique, la descente dans les trous suppose d'abord de traverser la surface, ce que personne ne fait, puis de trouver un abîme accessible, ce que personne ne sait faire, puis de survivre à ce qu'il y a en dessous, ce que personne ne garantit.

La Mer de Poussière reste donc ce qu'elle a toujours été : un lieu qu'on longe, qu'on observe depuis les bords, qu'on mentionne dans les conversations, et qu'on ne traverse pas.

Quelqu'un finira bien par trouver quelque chose là-dedans. Je dis ça depuis vingt ans. Je commence à penser que ce quelqu'un ne sera pas moi.|Marchand de l'Enclos, Caer-Nergal

Rumeurs et Péripéties

  • Un Cendreux de Fort-des-Pieux aurait marché sur plusieurs centaines de mètres dans la Mer lors d'une tempête, en longeant le bord de la rampe. Il dit avoir vu les trous s'ouvrir et se refermer lentement, comme si la surface respirait. Varek a noté sa déposition sans commentaire.

  • Des marchands de l'Enclos auraient financé une expédition vers la Mer de Poussière il y a plusieurs saisons. Aucun membre de l'expédition n'est revenu. Les marchands en question n'ont jamais demandé de comptes et n'ont pas financé de deuxième tentative.

  • Des traces auraient été observées autour de certains pics rocheux, des marques régulières dans la poussière qui ne ressemblent pas à celles laissées par les créatures connues du désert. Les traces venaient des trous et y retournaient.

  • Lors d'une tempête particulièrement violente, la poussière qui a atteint Fort-des-Pieux contenait des fragments d'os. Pas des os d'animaux. Varek a fait ramasser les fragments. Leur provenance n'a pas été communiquée.

Apparaît sur ces cartes