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Objet

Les reliques vivantes

Certains fragments détachés de la Chair Éternelle restent chauds et se contractent quelque temps. Installés dans des supports, ils reçoivent des soins quotidiens. Les reliques vivantes réunissent des fidèles autour d'une tâche commune, mais leur entretien révèle aussi ce qu'une maison consent à dépenser pour la chair et pour ceux qui la soignent.

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Sur le buffet d'une salle de prière, une cuvette d'émail reçoit les écoulements d'un morceau de chair suspendu dans un berceau de métal. Le fragment se raccourcit par moments et tire sur ses attaches. La personne chargée du linge attend qu'il se relâche pour retirer une bande humide. Derrière elle, les visiteurs déposent leurs gants et s'approchent. Beaucoup n'ont jamais pu voir d'aussi près la Chair Éternelle dont provient la relique.

Recevoir un fragment

Toutes les matières retirées du sanctuaire ne deviennent pas des reliques vivantes. Les fragments ainsi désignés conservent de la chaleur et des contractions après leur séparation. Certains ont été recueillis pendant la Mue. Leur forme varie : une lamelle épaisse, un bourrelet traversé d'une attache ancienne, une poche de tissu repliée sur elle-même. Ils occupent des supports faits à leur mesure. Aucun modèle de reliquaire ne convient à tous.

Les maisons aisées obtiennent parfois un fragment avec le concours d'un prêtre. Elles font préparer une pièce, commandent le support et prennent à leur service une personne qui connaît les soins. Des assemblées de fidèles réunissent plutôt des cotisations et se partagent les permanences. Un prêt entre deux assemblées suppose un trajet, une caisse adaptée et quelqu'un pour surveiller les attaches. Le cortège attire des curieux, même lorsque les porteurs demandent simplement qu'on leur dégage le chemin.

Ce que les mains apprennent

Le berceau soutient le fragment sans écraser ses replis. Une petite manivelle permet d'écarter les montants pour changer les bandes ; les vis sont repérées afin que chaque personne retrouve le réglage précédent. On essuie la cuvette, on lave les pièces retirées, on inspecte les frottements. Le linge propre attend dans une armoire distincte de celui que l'on vient d'enlever. Les mécanismes servent à ces gestes ; le mouvement du fragment ne les alimente pas.

Avec le temps, les responsables reconnaissent une attache trop tendue, une bande qui reste sèche ou une contraction plus faible. Leurs cahiers comparent les soins et les changements observés. Ils ne permettent pas de promettre une durée : un fragment s'affaiblit malgré une surveillance attentive, un autre demeure actif après que l'on a craint de le perdre. Aucun entretien connu ne maintient indéfiniment cette activité.

Les prélats qui visitent une maison remarquent le reliquaire. Les employés remarquent surtout qui se lève pour lui au milieu de la nuit. Une maîtresse de maison peut commander des bandes neuves tout en refusant de payer les soins d'une servante blessée. Celle-ci continue alors son service avec une main mal pansée, sous le regard des invités venus honorer la chair.

Une table pour les veilleurs

Dans certaines salles communes, les permanences se terminent par une collation. Les plus âgés montrent aux nouveaux comment desserrer une bride ; on s'assied ensuite devant une tisane pendant que le linge trempe. Les fidèles apportent aussi leurs propres nouvelles. Une personne qui vit seule peut trouver là des visites régulières et des voisins qui remarqueront son absence.

L'entente se défait lorsque les frais augmentent. Faut-il acheter du linge, réparer le poêle de la salle ou aider une famille à payer une consultation ? Ceux qui assurent les soins réclament une part dans la décision. D'autres estiment que la présence du fragment justifie tous les sacrifices. Les comptes de l'assemblée deviennent alors aussi disputés que l'emplacement du reliquaire pendant les offices.

Des visiteurs demandent une guérison, une grossesse ou le retour d'un proche. Les récits de faveurs circulent avec les objets de dévotion. Aucun don de la relique n'est établi. Les personnes qui la soignent peuvent témoigner d'une chaleur sous leurs doigts ; elles ne disposent d'aucun moyen assuré de réaliser les demandes laissées à côté du berceau.

Quand le mouvement cesse

La disparition des contractions se constate parfois entre deux permanences. On revient observer le fragment, on consulte la dernière personne présente, on vérifie que le support n'entrave pas son mouvement. Les interprétations divergent. Des fidèles parlent d'un repos accordé ; d'autres accusent les responsables d'avoir négligé une bande ou fermé la salle trop tôt.

La décision de conserver le reliquaire vide, d'y laisser les restes ou d'organiser un dernier office appartient aux usages de chaque assemblée et aux autorités qu'elle reconnaît. Elle peut demander plusieurs réunions. Après le retrait du fragment, il reste une armoire de linge, une dette chez le ferronnier et des personnes habituées à se retrouver. Quelques assemblées continuent leurs collations à la même heure.

Elle vient pour sa permanence et reste après pour la tisane. Si nous changeons l’heure, il faudra la prévenir chez elle ; elle ne voit guère de monde le reste de la semaine.

— Un membre d’une assemblée qui soigne une relique