Landmark
Citadelle Automate du Désert de Morte-Pierre
Elle marche. C'est la première chose qu'on comprend quand on la voit de loin, une masse de pierre et de métal qui se déplace dans le désert à un rythme lent et inébranlable, portée par des pattes mécaniques dont les impacts résonnent sous le sable longtemps avant qu'elle soit visible. On l'appelle l'Oasis Errante. Le nom dit tout sur ce qu'elle promet et rien sur ce qu'elle cache.
Le sable vibre sous vos pieds avant même que vous la voyiez. Puis elle apparait à l'horizon : une citadelle de la taille d'un château, juchée sur des membres d'acier et de pierre, qui avance dans le désert comme si le désert lui appartenait. Ses flancs sont couverts de gemmes sombres qui ne reflètent aucune lumière, pour l'instant. Des jardins débordent par-dessus ses murs. L'air qui vient de sa direction sent l'eau fraiche et quelque chose d'autre, quelque chose de vieux, de métallique, de silencieux.
Informations Générales
Géographie et Mouvement
La citadelle ne s'arrête pas. Elle traverse le Désert de Morte-Pierre à un rythme lent mais constant, ses pattes mécaniques absorbant les dunes et les affleurements rocheux sans dévier de trajectoires que personne n'a encore su prédire. De loin, elle ressemble à un château ordinaire soulevé par une construction impossible. De près, l'échelle et le bruit changent tout.
Son déplacement produit deux signaux d'avertissement avant tout autre événement : une vibration profonde qui remonte par le sol, perceptible plusieurs centaines de mètres à l'avance, suivie d'un bruit sourd et rythmé qui s'intensifie à mesure qu'elle approche. Les caravaniers expérimentés reconnaissent ces signes et ajustent leur trajectoire en conséquence, soit pour s'en approcher, soit pour s'en éloigner selon leurs intentions.
On l'a vu passer deux fois en cinq ans. La deuxième fois, elle ne suivait pas le même chemin que la première. J'ai arrêté d'essayer de comprendre.|Caravanier de la Vieille Trace, entendu à Mi-Chemin
La citadelle est aussi capable de s'immerger dans le sable. Quand elle le fait, les vibrations s'intensifient brusquement, le bruit sourd monte d'un cran, et en quelques minutes la structure entière disparait sous la surface, ne laissant derrière elle qu'un sable légèrement soulevé et une chaleur anormale dans l'air. Ce phénomène se produit sans avertissement suffisant et sans raison identifiée. Elle peut rester enfouie des heures ou des semaines. Personne ne sait. Ceux qui se trouvaient à l'intérieur quand elle a plongé et qui n'en sont pas ressortis à temps, eh bien, personne ne les a retrouvés non plus.
Architecture et Zones
La structure de la citadelle ne ressemble à rien de connu dans le monde actuel. Ses matériaux, sa géométrie et son organisation intérieure ne correspondent à aucune tradition architecturale reconnue, ni aux Caers du désert, ni aux constructions des royaumes du nord, ni aux ruines cataloguées des civilisations disparues depuis L'Éveil. Ce qu'elle rappelle le plus, ce sont les Ruines d'Avant que le désert révèle parfois après les grandes tempêtes. La même précision impossible, les mêmes blocs sans mortier visible, les mêmes proportions légèrement décalées de tout ce que les peuples organiques construisent.
La Cour Intérieure
C'est la seule zone de la citadelle que tout le monde s'accorde à qualifier de sécuritaire. La cour est vaste, assez grande pour accueillir une fête de plusieurs centaines de personnes, ce qui a déjà été fait. Des jardins productifs y poussent selon une logique que personne n'a identifiée : des plantes qui n'ont rien à faire dans un désert, cultivées dans des bacs de métal anciens alimentés par un système d'irrigation silencieux. L'eau est fraiche, propre et abondante. Des objets étranges, clairement d'origine ancienne, sont posés ou accrochés sans ordre apparent. Certains sont décoratifs, d'autres ont des fonctions que personne n'a encore comprises. Les gardiens n'y patrouillent pas. Personne ne sait pourquoi cette zone est exclue de leur circuit.
Les Niveaux Supérieurs
Les tours et les niveaux au-dessus de la cour présentent peu d'intérêt apparent pour quiconque les a parcourus depuis l'extérieur ou depuis les remparts accessibles. Plusieurs tours sont verrouillées, par des mécanismes que personne n'a su forcer sans conséquences. Le principe des serrures n'est pas compris. Ce qui est compris, c'est qu'utiliser le mauvais outil pour les ouvrir de force est fatal, systématiquement et sans exception notable.
Le Sous-Sol
C'est là que la citadelle révèle une part de sa nature réelle. Le sous-sol descend plus bas qu'il ne devrait, bien plus bas que les pattes mécaniques ne devraient le permettre, comme si la structure s'enfonçait dans quelque chose de plus ancien qu'elle-même. Les couloirs y sont parfaits, les angles précis, les surfaces lisses. Des tuyaux courent le long des parois, de différentes couleurs, certains chauds au toucher, d'autres froids, certains qui vibrent légèrement quand on les effleure.
Plus on descend, plus les gardiens changent. Pas leur nature, leur intensité. Leur réaction à la présence organique devient plus immédiate, leur comportement moins prévisible. Ce que les niveaux les plus profonds contiennent exactement, personne ne l'a rapporté avec précision.
Les Gardiens
Les constructs qui gardent l'intérieur de la citadelle ne ressemblent à rien de fabriqué dans le monde actuel. Plusieurs types ont été observés, de tailles et de formes différentes, tous construits avec les mêmes matériaux anciens et inconnus que la citadelle elle-même. Leur conception suggère qu'ils ont été fabriqués pour des créateurs qui ne partageaient pas les besoins ni les proportions des peuples organiques : les espaces qu'ils occupent, les passages qu'ils empruntent, les hauteurs qu'ils semblent considérer comme normales, tout indique une origine non-organique.
Ils sont inactifs dans la cour intérieure. Dès qu'on franchit les portes intérieures, ils deviennent agressifs sans délai ni avertissement. Leur agressivité augmente avec la profondeur.
Ce n'est pas qu'ils te voient comme une menace. C'est qu'ils ne te voient pas du tout. Tu n'existes pas pour eux, sauf comme quelque chose qui ne devrait pas être là.|Explorateur anonyme, rescapé, vu à Caer-Nergal
Les Défenses Extérieures
Tout le long des flancs de la citadelle, des gemmes sombres sont enchâssées dans la pierre à intervalles réguliers. En temps normal, elles sont inertes, presque invisibles. Quand des Ravageurs s'approchent, elles s'activent. Leur réaction n'est pas uniforme : chaque gemme semble s'ajuster à la nature de la créature qui approche, produisant des effets différents, éclairs, feu, autres choses que personne n'a encore classifiées avec certitude. La citadelle semble savoir ce qui la menace avant même que les menaces soient visibles.
Ce système de défense ne s'active pas contre les créatures organiques non-Ravageurs. Ce qui revient à dire que les humains, elfes, nains et autres peuvent s'approcher librement de l'extérieur. C'est une des raisons pour lesquelles la cour intérieure est considérée comme un refuge viable dans les zones du désert les plus infestées.
La Question de l'Énergie
La citadelle fonctionne. Depuis combien de temps, personne ne le sait. Ce qui est certain, c'est qu'elle ne s'est pas arrêtée, que ses jardins produisent, que ses systèmes d'irrigation tournent, que ses gardiens patrouillent, que ses pattes la portent. Tout cela exige une source d'énergie que personne n'a encore localisée.
Dans les niveaux souterrains, des tuyaux de différentes couleurs courent le long des parois. Les théories sur leur signification se contredisent : certains disent que suivre les tuyaux verts mène à la source, d'autres soutiennent que ce sont les rouges, d'autres encore parlent des bleus suivis des jaunes dans un ordre précis. Ces théories viennent d'explorateurs différents à des époques différentes, et aucune n'a été confirmée par un retour réussi depuis les niveaux profonds.
Ce qui alimente la citadelle depuis des millénaires doit être d'une puissance considérable. L'idée circule dans les comptoirs du désert, discrètement mais régulièrement, que quiconque mettrait la main sur cette source pourrait faire des choses que le reste du monde ne peut pas faire.
Ce Que Cela Dit des Constructeurs
L'absence de chambres, de cuisines, de zones de repos, de tout ce qui constitue un espace de vie organique, est le détail qui trouble le plus ceux qui ont exploré la cour et les niveaux accessibles. Les tables existent, mais à des hauteurs qui ne correspondent à aucune race connue. Les espaces de travail semblent fonctionnels, mais pour des gestes que les mains organiques ne feraient pas naturellement. Il n'y a pas d'absence de conception, la citadelle est clairement pensée, organisée, intentionnelle. C'est une conception pour autre chose.
Les Ruines d'Avant du désert portent les traces d'une civilisation antérieure à L'Éveil, antérieure à tout ce que les archives contiennent. La citadelle est une de ces traces, sauf qu'elle bouge encore.
L'Incident de la Fête de Sorvael
La visite la plus célèbre de l'Oasis Errante est aussi la plus catastrophique. Sorvael, le Duc des Sables de Caer-Nergal, avait décidé d'organiser une réception dans la cour intérieure, attiré par la réputation du lieu comme espace sécurisé et par l'attrait évident de tenir une fête dans une citadelle qui marche. La cour fut effectivement sécurisée, les jardins fournirent une partie du banquet, et l'événement se déroula convenablement jusqu'au moment où Sorvael, fidèle à sa nature, proposa un jeu de cache-cache dans les couloirs intérieurs.
Les gardiens s'activèrent immédiatement. L'évacuation fut rapide pour ceux qui se trouvaient encore dans la cour. Ceux qui s'étaient aventurés dans les couloirs eurent moins de chance. On en parle encore à Caer-Nergal. Sorvael, interrogé sur le sujet, a la réputation de changer de sujet avec une élégance remarquable.
Les Tabaxi et Ce Qu'ils Ont Trouvé
Vent qui Compte et Braise du Midi, deux Tabaxi chercheurs, ont passé une période considérable à étudier l'Oasis Errante de l'extérieur et depuis la cour, accumulant des observations et développant des théories. Devenus inséparables au fil de leurs recherches, ils sont revenus un jour dans les villes du désert en disant qu'ils avaient compris quelque chose d'important sur la nature de la citadelle. Ils n'ont pas précisé quoi.
Ils y sont retournés. Ils n'en sont pas revenus.
Ce qu'ils avaient compris reste inconnu. Les notes qu'ils auraient pu laisser n'ont pas été retrouvées, ou n'ont pas été partagées, ou n'existent plus.
Rumeurs et Observations
La trajectoire de la citadelle ne se répète pas. Deux passages au même endroit n'ont jamais été rapportés avec le même chemin, ce qui rend toute tentative de la localiser à l'avance essentiellement aléatoire.
Les gemmes défensives des flancs ont été vues actives une nuit entière, illuminant le désert à distance, sans qu'aucun Ravageur ne soit visible de l'extérieur. Ce qu'elles combattaient à l'intérieur ou sous la surface reste inconnu.
Des Fouille-Sable affirment avoir vu la citadelle sortir du sable à un endroit différent de celui où elle avait plongé. Si c'est vrai, elle se déplace aussi sous la surface.
Les tuyaux dans le sous-sol changent de couleur selon certains observateurs. Ce qui était vert serait devenu bleu lors d'une visite ultérieure. Aucun accord sur ce que ça signifie.
La cour contient des objets qui changent de place. Pas radicalement, pas de façon spectaculaire. Juste suffisamment pour que ceux qui s'y arrêtent plusieurs jours finissent par en avoir conscience.
Sorvael a fait poser une offre d'achat ouverte sur toute information concernant la source d'énergie de la citadelle. Le montant de l'offre n'a pas été rendu public. Ceux à qui elle a été communiquée directement sont restés discrets sur le chiffre, ce qui est en soi une information.