Landmark
Citadelle Sainte de Douma
De loin, elle est exactement ce qu'on vous a dit qu'elle serait. Des murs blancs qui captent la lumière du désert et la renvoient comme un signal, des tours fines qui semblent toucher quelque chose au-delà du ciel visible, une présence verticale dans un paysage qui n'en a pas. De près, c'est différent. La blancheur tient toujours, mais c'est une blancheur travaillée par le vent et le sable, des stries grises dans les joints, des surfaces qui ont été reprises, polies, entretenues avec soin mais pas avec miracle. La perfection était une promesse de loin. De près, c'est du travail. Cela ne déçoit pas vraiment. Cela recadre juste les attentes, et ceux qui arrivent ici ont souvent besoin que leurs attentes soient recadrées.
La citadelle est construite à flanc de falaise, ses murs inférieurs fondus dans la roche comme si elle avait toujours fait partie de la montagne. En bas, au pied de la paroi, un village de fortune s'étale, des abris de toile et de planche, quelques structures plus solides construites par ceux qui sont là depuis longtemps. Des gens sont assis à l'ombre, debout près de petits feux, couchés sur des nattes. Certains regardent vers le haut. Des silhouettes se déplacent sur les remparts de la citadelle, trop grandes pour être humaines, leurs ailes repliées dans leur dos. De temps en temps, l'une d'elles descend vers le village. Le mouvement en bas s'anime alors, doucement, comme une marée qui monte.
Informations Générales
Géographie et Environnement
La Citadelle Sainte de Douma est construite à flanc de falaise, dans une zone du Désert de Morte-Pierre sans route, sans piste balisée, sans point d'accès commode. Ce n'est pas un accident. La La Garde Ailée n'a pas cherché à être facile d'accès. Elle a cherché à être isolée, à distance suffisante des royaumes et de leurs politiques pour conduire ses recherches sans interférence.
La citadelle est visible de loin dans le désert, ses murs blancs fonctionnant comme un phare involontaire. Ceux qui la cherchent la trouvent. Ceux qui ne la cherchent pas la voient quand même, et certains décident alors de changer de direction. De près, la blancheur parfaite aperçue à distance révèle ses détails : des stries creusées par le vent, des joints travaillés, des surfaces régulièrement entretenues. Ce n'est pas moins beau. C'est juste moins miraculeux, plus construit, plus réel.
La falaise elle-même est inaccessible par les chemins ordinaires. Les pèlerins qui tentent l'escalade pour atteindre les portes directement sont repoussés avec courtoisie par les Gardiens, qui descendent les intercepter avant qu'ils montent trop haut. Personne n'entre dans la citadelle par le bas.
L'Accès — Le Train et le Saut
Il n'y a pas de route officielle vers la Citadelle Sainte de Douma. Ce qu'il y a, c'est un tronçon du trajet entre Caer-Shata'um et Caer-Osnère où le train passe à distance raisonnable de la citadelle. Les pèlerins qui le savent descendent ici, au milieu du désert, et marchent plusieurs jours pour atteindre le Pied-de-Ciel.
Ce point de débarquement est connu. Il figure dans aucun horaire officiel, ne porte aucun nom sur les cartes de l'Union Express, mais tout conducteur qui fait cette ligne sait exactement où il est. Le train tombe en panne dans ce secteur avec une régularité que personne ne commente officiellement. Les réparations prennent le temps qu'il faut pour que les passagers qui le souhaitent descendent, et pour que ceux qui attendent au bord des rails depuis quelques jours puissent monter. Les mécaniciens regardent ailleurs. Le chef de bord note une défaillance mécanique dans le registre. Le train repart.
La panne du secteur Douma? On l'appelle comme ça entre nous. Elle arrive toujours au même endroit, toujours la même durée. Vingt ans que je fais cette ligne. Je n'ai jamais demandé pourquoi.|Conducteur de l'Union Express, Le Mirage
La Garde Ailée
La Garde Ailée est composée de célestes arrivés sur Althar par différentes brèches au fil des siècles. Leur directive principale est de conduire leurs recherches isolées des affaires des royaumes, d'étudier les Trames et le Chancre sans s'impliquer dans les conflits politiques qui les entourent. Certains membres pensent différemment, et des ententes se concluent parfois dans l'ombre, mais la position officielle tient.
Ils sont organisés en divisions spécialisées. Les Érudits consacrent leur immortalité à la recherche et sortent rarement de la citadelle. Les Gardiens assurent la protection des murs et des accès. Les Purificateurs s'occupent des zones corrompues par le Chancre dans le désert. Les Guérisseurs traitent les ravages du Chancre sur leurs congénères et, parfois, sur les pèlerins qui ont atteint le Pied-de-Ciel. Les Émissaires entretiennent un minimum de relations avec les royaumes, clandestinement quand nécessaire.
La Cour des Absous considère les célestes comme une menace spirituelle. Des membres de la Garde Ailée ont déjà été capturés en traversant la Nouvelle-Éphéria et envoyés dans les Fervences. La citadelle est trop loin pour que la Cour puisse y faire grand chose directement, mais la tension existe.
Le Pied-de-Ciel
Le village est fait de ce que le désert et les pèlerins ont apporté. Des toiles tendues entre des pieux, des murs de pierre sèche montés sans plan, quelques structures plus solides construites par ceux qui sont là depuis assez longtemps pour avoir trouvé de quoi bâtir correctement. L'odeur est celle de tous les campements, feux de bois, nourriture simple, corps qui ont marché plusieurs jours. Des gens malades sont allongés à l'ombre des abris. D'autres, debout, regardent vers le haut avec une patience qui n'a plus rien d'urgent. Un marchand fait signe depuis une table couverte de petits objets. Une plume, montée sur un cordon, se balance dans le vent du désert.
Le Pied-de-Ciel n'a pas été fondé. Il a poussé. Les premiers pèlerins à atteindre la citadelle se sont installés en bas parce qu'ils ne pouvaient pas entrer, et n'avaient ni la force ni la raison de repartir. D'autres sont arrivés après. Les constructions de fortune ont suivi, puis quelques structures plus permanentes, puis les marchands qui ont compris qu'un flux régulier de gens épuisés et désespérés représente une clientèle.
Le village abrite plusieurs types de résidents. Les malades sont les plus nombreux, des gens qui ont fait le voyage dans l'espoir que la proximité de célestes offrirait ce que les guérisseurs ordinaires n'ont pas pu donner. Certains sont soignés. Les Guérisseurs de la Garde Ailée descendent parfois, par pitié ou par décision, et posent les mains sur quelqu'un. Personne ne sait sur quels critères ils choisissent. La plupart attendent sans savoir si leur tour viendra.
Les Pérégrins des Étoiles forment une présence distincte dans le village. Convaincus de ne pas appartenir à Althar, ils espèrent que la Garde Ailée acceptera de les emmener, de les aider à trouver une Brèche, ou simplement de confirmer ce qu'ils ressentent depuis toujours. Les célestes les reçoivent avec la même bienveillance distante qu'ils accordent aux autres. Aucun Pérégrin n'est parti avec eux à ce jour, officiellement.
Les marchands sont là pour les autres. Eau, nourriture, couvertures, médicaments de fortune, et des gris-gris fabriqués avec des plumes supposément tombées des ailes des célestes, montées sur des cordons ou enchâssées dans de la résine. La plupart sont des plumes d'oiseaux du désert. Certains acheteurs le savent. Certains préfèrent ne pas vérifier.
J'attends depuis trois saisons. Un Guérisseur est descendu deux fois depuis que je suis là. La première fois il a soigné une enfant. La deuxième fois il a regardé autour de lui et est remonté. Je ne sais pas ce qu'il cherchait.|Pèlerin installé au Pied-de-Ciel
Collectivité
Population
Le Pied-de-Ciel est un village sans permanence fixe, sa population fluctue au rythme des arrivées et des départs. Certains restent des semaines, d'autres des saisons, quelques-uns sont là depuis si longtemps qu'ils ont commencé à construire en dur. La démographie est diverse, des gens de partout sur Althar, unis seulement par ce qui les a amenés ici. Les Pérégrins des Étoiles se reconnaissent entre eux et tendent à se regrouper dans une section du village.
Maintien de l'ordre
La Garde Ailée protège le village sans y exercer d'autorité directe. Les Gardiens interviennent si une violence éclate, avec une efficacité qui décourage la récidive. Entre ces interventions, le village se gère seul, par arrangements informels entre résidents anciens et nouveaux arrivants. Les marchands ont leurs propres règles sur leurs étals. Les malades sont trop épuisés pour causer des problèmes. Les Pérégrins des Étoiles sont pacifiques par nature.
Points d'Intérêt
Les Portes de la Citadelle Inaccessibles depuis le bas. Les Gardiens patrouillent les remparts et interceptent ceux qui tentent l'escalade avant qu'ils montent trop haut. La redescente est assistée. La politesse est maintenue. Personne n'entre.
L'Espace des Guérisseurs Une zone dégagée au pied de la falaise où les Guérisseurs de la Garde Ailée descendent parfois. Pas d'horaire, pas de règle d'accès connue. Les malades s'y rassemblent quand même, par habitude ou par espoir.
Le Marché des Plumes Plusieurs étals regroupés dans la partie la plus fréquentée du Pied-de-Ciel. Eau, nourriture, provisions pour le retour, et des gris-gris à base de plumes supposément célestes. Les prix sont proportionnels à l'état de désespoir du client.
Le Campement des Pérégrins Une section du village où les Pérégrins des Étoiles se sont naturellement regroupés. Plus ordonné que le reste du village, plus silencieux, avec quelque chose d'une veille permanente dans l'atmosphère.
Vie Quotidienne et Ambiance
Le Pied-de-Ciel vit au rythme des descentes des célestes. Quand un Guérisseur apparaît sur les remparts, le village le sait avant qu'il ait commencé à descendre. Une information passe de personne en personne sans qu'on puisse dire comment, et ceux qui peuvent se lever se lèvent. Quand les célestes ne descendent pas, le village continue à son propre rythme, lent, patient, économe d'énergie.
Le désert est présent en permanence. Le vent apporte le sable jusque dans les abris. L'eau est précieuse et les marchands le savent. La nuit est froide et les jours sont longs. Ceux qui survivent à la traversée depuis le chemin de fer arrivent souvent dans un état qui dit beaucoup sur ce qui les a poussés à partir.
Rumeurs et Péripéties
Un Pérégrin des Étoiles aurait disparu il y a quelques semaines. Pas mort dans le désert, pas reparti par le train. Disparu. Ceux qui l'ont côtoyé au campement disent qu'il semblait différent dans les derniers jours, calme d'une façon inhabituelle. Personne dans la citadelle ne confirme ni ne nie savoir quoi que ce soit.
Un des marchands de plumes vendrait autre chose sous le comptoir, des informations sur les allées et venues à la citadelle, pour quelqu'un dont on ne dit pas le nom. Certains résidents anciens ont remarqué qu'il pose trop de questions pour quelqu'un qui vend des gris-gris.
Un Guérisseur descendu la semaine dernière a soigné trois personnes, puis s'est arrêté devant une quatrième, l'a regardée longuement, et est remonté sans la toucher. La personne en question n'était pas plus malade que les autres. Elle est encore là. Elle n'a pas demandé d'explication. Elle attend.
La panne du train dans le secteur Douma aurait duré plus longtemps que d'habitude la dernière fois. Un passager affirme avoir vu des silhouettes ailées près des rails pendant la nuit. Le chef de bord a noté une défaillance mécanique complexe dans le registre.