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Marches Colossales

9 min de lecture

La première chose que vous remarquez, ce ne sont pas les marches. C'est l'échelle. Votre regard remonte, remonte encore, et la roche ne s'arrête pas. Des paliers larges comme des plaines, des contremarches hautes comme des falaises, s'empilant vers un sommet qui disparaît dans la lumière blanche du ciel. Le désert s'arrête ici. Quelque chose d'autre commence.

Devant vous, la terre monte par à-coups brutaux. Des plateaux immenses, séparés par des murs de roche grise, s'élèvent en paliers successifs jusqu'à une hauteur vertigineuse. Chaque contremarche fait plusieurs fois votre taille. La roche du bas est craquelée, calcinée, couleur de cendre sèche. Mais là-haut, à mi-hauteur, vous distinguez quelque chose de vert, rabougri, tenace. Et plus haut encore, une forêt noire et morte se découpe contre le ciel. Aucun vent ne souffle. Aucun oiseau ne crie. La pierre garde ses secrets.

Informations Générales

Géographie & Environnement

Les Marches Colossales sont une suite de plateaux rocheux empilés, séparés par des contremarches verticales dont la hauteur défie toute construction humaine. Vues de loin, depuis le désert plat, elles ressemblent à un escalier taillé pour quelque chose d'immense. De près, chaque palier est un territoire à part entière.

La progression du bas vers le haut suit une logique d'élévation autant que de transformation. Les premiers paliers appartiennent encore au désert : roche grise et craquelée, sable accumulé dans les fissures, chaleur rayonnante qui monte de la pierre en milieu de journée. Rien ne pousse ici, ou presque. Quelques touffes de végétation rase s'obstinent dans les anfractuosités. C'est tout.

Vers les paliers médians, quelque chose change. L'air est différent, moins chargé. La roche retient plus d'humidité. Des arbustes rabougris apparaissent, tordus par des vents saisonniers, mais vivants. Des mousses grises colonisent les failles en ombrage. On boit moins vite. On remarque aussi, sur certaines surfaces planes, des dépressions larges et profondes dans la roche. Trop régulières pour être naturelles. Trop grandes pour appartenir à quoi que ce soit de connu.

Au sommet, le plateau final est couvert d'une forêt. Ses arbres sont morts depuis longtemps, leurs troncs blancs et lisses comme si quelqu'un en avait retiré l'écorce. Ils sont immenses, plus grands que n'importe quel arbre du désert n'a le droit d'être. Et au centre de ce bois silencieux, un lac. Son eau est sombre, presque noire, et parfaitement immobile. Elle ne reflète pas le ciel. Personne ne sait d'où elle vient ni ce qu'elle fait là.

On monte parce qu'on veut voir ce qu'il y a en haut. On redescend parce qu'on a compris qu'on n'aurait pas dû regarder.|Voyageur de la Trace, recueilli à Magala

Histoire

Personne ne sait qui a taillé ces marches, ni si elles ont été taillées. Les Gens de la Trace disent qu'elles ont toujours été là, avant les hommes, avant les dieux connus. Les anciens contes qui circulent autour des feux de camp parlent d'une créature primordiale dont les pas auraient façonné la roche à l'aube des temps. Pas une marche construite, mais une empreinte. Comme si quelque chose de si lourd, de si ancien, avait simplement marché ici, et que la terre avait gardé sa forme.

Ce que personne ne dit ouvertement, mais que tous les habitants du désert semblent savoir sans se l'être dit, c'est que les dépressions dans la roche des paliers médians ont exactement la forme de pas. Des pas larges de plusieurs mètres. Les bords sont usés, polis par le temps, mais la forme reste. Et la direction est claire : quelque chose est montée. Quelque chose est arrivée au sommet.

La forêt du plateau n'est pas morte depuis toujours. Les troncs portent encore des restes de branches brisées, des moignons d'où rien ne repousse. Quelque chose a tué ces arbres, tous ensemble, depuis les racines. Le lac qui trône au centre était peut-être déjà là avant la forêt. Ou après. Personne ne sait dans quel ordre les choses sont arrivées.

Les Sœurs du Sable-Cendre, qui tiennent leur repaire à l'angle des Marches et des Gorges de Sable-Noir, connaissent des fragments de cette histoire. Elles n'en parlent pas volontiers.

Le Lac du Plateau

L'eau est noire. Pas trouble, pas boueuse : noire, comme si la lumière s'y noyait avant de pouvoir remonter. La surface est parfaitement plate. Autour, les arbres morts se penchent légèrement vers le centre, leurs branches nues tendues comme des bras. Il n'y a pas d'écho ici. Votre voix tombe à vos pieds.

Le lac n'a pas de nom connu. Les rares voyageurs qui ont atteint le sommet des Marches Colossales le décrivent tous de la même façon : une eau qui ne reflète rien, un silence plus épais qu'ailleurs, et l'impression nette d'être observé depuis le fond.

L'eau n'est pas empoisonnée, à ce qu'on sache. Ceux qui en ont bu n'en sont pas morts. Mais ils rapportent des rêves. Des rêves lourds, anciens, peuplés de formes qui n'ont pas de nom dans les langues actuelles. Certains ont dit avoir vu quelque chose bouger sous la surface, lent et immense, comme si la profondeur du lac était bien plus grande que ses dimensions visibles ne le suggèrent.

Aucune créature aquatique visible. Pas d'insectes à la surface. Pas d'algues. Juste l'eau noire, et le silence.

L'eau du lac m'a donné soif. J'en ai bu. J'ai encore soif. Je crois que cette soif-là ne partira plus.|Extrait d'un journal retrouvé au pied des Marches, auteur inconnu

Points d'Intérêt

  • Les Empreintes du Troisième Palier Sur la surface plane du troisième palier, là où le vent a dégagé la roche sur plusieurs toises, des dépressions régulières s'enfoncent dans la pierre sur une profondeur de quelques doigts. La forme ressemble à un pied, mais large de trois ou quatre mètres. Les bords sont polis, anciens. La direction pointe vers le sommet. Il y en a sept, visibles. Les suivantes, si elles existent, ont été recouvertes par le sable ou les paliers supérieurs.

  • Le Bois Silencieux La forêt du plateau supérieur couvre plusieurs lieues carrées. Ses arbres sont morts, leurs troncs blancs, lisses et froids au toucher même en plein soleil. Aucune branche au sol. Aucune décomposition visible. Les arbres tombés ont disparu, comme absorbés. Les personnages qui s'aventurent dans ce bois sans source lumineuse ressentent rapidement une légère désorientation (jet de Sagesse DD 12 pour maintenir le sens de la direction à chaque heure passée dans le bois).

  • Le Lac sans Nom Eau noire, immobile, froide. Potable. Quiconque en boit risque d'avoir des rêves intenses lors du prochain repos. Ces rêves ne sont pas nécessairement mauvais, mais ils laissent le personnage avec l'impression d'avoir vu quelque chose qu'il n'aurait pas dû voir. Il peut même se réveiller plus épuisé que la veille, comme si le repos n'avait pas eu lieu.

  • Les Stries de Descente Sur plusieurs contremarches, à hauteur humaine, des stries horizontales parallèles courent sur toute la largeur de la paroi. Trop régulières pour être naturelles, trop hautes pour avoir été gravées par un humain sans échafaudage considérable. Certaines sont profondes, d'autres à peine perceptibles sous la patine du temps. Elles ne forment pas de texte dans aucun alphabet connu. Mais leur régularité suggère une intention. Comme si quelque chose avait effleuré la roche en passant, encore et encore, sur des cycles si longs que l'accumulation a laissé une trace.

Dangers & Rencontres

Les Marches ne sont pas violentes. Elles sont patientes. Le danger principal est l'ascension elle-même : longue, exposée, sans eau avant le sommet, avec des contremarches qui forcent à escalader des parois de plusieurs mètres sur chaque palier. Un groupe mal équipé ou pressé peut se retrouver à mi-hauteur à la nuit tombée, sans abri, avec des vents qui se lèvent depuis les Gorges de Sable-Noir.

La faune est rare mais présente. Des rapaces nichent dans les fissures des contremarches médianes. Au sommet, dans la forêt morte, des ombres se déplacent entre les troncs à intervalles irréguliers. Pas d'attaque directe documentée, mais plusieurs voyageurs ont rapporté avoir été suivis sur toute la traversée du bois sans jamais voir ce qui les suivait.

Rumeurs & Péripéties

  • Un marchand de Magala prétend avoir vendu, il y a quelques mois, une fiole d'eau noire à un homme qui disait venir du sommet des Marches. L'homme n'avait pas l'air de dormir. Il avait les yeux secs. Il a payé en pièces d'un alliage que personne n'a su identifier.

  • Les Sœurs du Sable-Cendre auraient tenté de cartographier les empreintes du troisième palier. Filhara, la plus jeune du coven, serait montée plusieurs fois. Elle n'a jamais dit ce qu'elle avait trouvé, mais elle ne boit plus rien qui ne soit de l'eau de pluie depuis.

  • Un Tailleur de Fernoir affirme que les stries sur les contremarches se lisent si on monte assez vite sans s'arrêter pour les détailler. Pas des lettres. Un rythme. Comme la mesure d'une chose qui respire très lentement.

  • Des Ravageurs ont été aperçus au pied des Marches, mais jamais sur les paliers. Quelque chose les arrête à la base. Aucune faction n'a d'explication satisfaisante pour ce comportement.

  • On dit qu'une expédition de La Garde Ailée a atteint le sommet, il y a longtemps. Aucun rapport n'a été rendu public. Les membres de l'expédition ont été mutés dans des postes éloignés les uns des autres. Personne ne les a interrogés ensemble.