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Organization

Yeux Pâles

8 min de lecture

Personne ne choisit les Yeux Pâles pour la gloire. On les choisit parce que le travail paie bien, parce qu'on n'a pas peur de ce que d'autres refusent de toucher, ou parce qu'on n'a plus grand-chose à perdre. La guilde ne demande pas pourquoi tu es là. Elle demande si tu peux descendre.

Informations Générales

Origine

Hordren Vak n'a pas fondé une guilde. Il a fondé une opération. La guilde est venue après, quand il a fallu un nom pour signer les contrats et encaisser les paiements.

Vak était un alchimiste itinérant qui cartographiait Les Trames pour revendre ses données à qui voulait bien payer. En repérant la trame qui s'enfonçait dans la montagne au site de Dhordarak, il comprit deux choses simultanément : la concentration de Perles de trame y était exceptionnelle, protégée des tempêtes et récoltable de manière régulière, et la Vase Putride elle-même avait des propriétés exploitables si on acceptait de travailler dedans au quotidien.

Il s'associa avec deux financiers de Caer-Nergal, fit construire le fort, et mourut trois ans plus tard, les yeux décolorés, les poumons abîmés. Ses associés gardèrent ses notes et ses contrats, continuèrent l'opération, et donnèrent à la guilde naissante le surnom que tout le monde utilisait déjà en voyant l'état des ouvriers : les Yeux Pâles.

Les deux financiers disparurent de l'équation quelque part dans la première génération. Mort, rachat, arrangement discret, personne ne le sait avec certitude. Ce qui est sûr, c'est qu'à un moment donné les profits ont cessé d'aller à Caer-Nergal et qu'un autre accord a pris la place, sans que le Régisseur de l'époque semble s'en être formellement aperçu, ou du moins sans qu'il en ait laissé de trace écrite.

Depuis, trois générations de récolteurs se sont succédé à Dhordarak. La guilde n'a jamais cherché à s'étendre au-delà du fort. Elle n'en a pas besoin.

Vak savait ce qu'il faisait. Il savait aussi ce que ça coûtait. Il a payé de sa personne avant les autres. C'est pour ça qu'on respecte encore son nom.|Le premier Régisseur, rapporté par un récolteur de la deuxième génération

Structure

Les Yeux Pâles n'ont pas de hiérarchie complexe. Le fort est petit, le travail est concret, et les titres servent à savoir qui fait quoi, pas à imposer une autorité abstraite.

Le Régisseur

Le Régisseur dirige le fort et la guilde. Il gère les contrats, les paiements, le recrutement et les relations avec les acheteurs. C'est lui qui reçoit la lettre mensuelle au sceau noir et qui prépare la caisse de livraison. Il opère seul et prend ses décisions sans consultation. Son autorité n'est pas contestée parce qu'il a toujours raison sur ce qui compte : les primes, les cycles de descente, et quand il est temps de fermer la Porte du Bas.

La lettre mensuelle est une réalité que le Régisseur accepte sans en comprendre pleinement l'origine. Les notes de Hordren Vak ne mentionnent pas cet accord, ce qui signifie qu'il n'existait pas du vivant du fondateur. Il s'est installé après, discrètement, probablement au moment où les financiers de Caer-Nergal ont disparu de l'équation. Le Régisseur actuel a commencé à chercher des traces de cette transition. Il n'a rien trouvé.

Les Cuisiniers

Deux à quatre personnes qui travaillent dans l'Atelier et transforment la Vase brute en produits finis. Ce sont les membres les plus isolés de la guilde : ils croisent rarement les autres, mangent souvent seuls, et portent en permanence des protections respiratoires quand ils travaillent. Leur expertise est rare et bien payée. Leur espérance de vie dans le poste est la plus courte de toutes les fonctions.

Les Récolteurs

La main-d'oeuvre principale. Ils descendent en équipe, récoltent Perles et Vase brute, remontent avant que les cycles s'éveillent. Ils connaissent les galeries supérieures mieux que quiconque. La plupart rejoignent la guilde pour deux ou trois ans et repartent avec de l'argent. Certains restent. Certains finissent en bas.

Les Gardiens

La garnison du fort. Leur rôle premier est de tenir le péage sur la piste vers Caer-Shata'um et de surveiller la Porte du Bas la nuit. Ils ne descendent pas dans les galeries. C'est une ligne claire et respectée.

Code Non-Écrit

Les Yeux Pâles n'ont pas de charte formelle. Ils ont trois règles que tout le monde connaît et que personne n'a besoin d'écrire.

On ne descend pas seul. C'est la règle la plus ancienne et la plus absolue. Pas d'exception, pas de négociation. Quelqu'un qui descend seul est soit inconscient, soit en train de prendre sa retraite en bas de son propre chef.

On remonte avant le cycle. Les galeries ont des périodes de calme et des périodes d'activité. Les récolteurs apprennent à lire les signes. Rater le cycle de remontée, c'est rester bloqué en bas jusqu'au suivant, dans le noir, avec ce qui s'éveille entre les deux.

On ne cache pas ses symptômes. Si les yeux changent de couleur, si les articulations raidissent, si quelque chose ne va plus, on le dit. Pas pour être soigné, il n'y a pas de remède. Pour que l'équipe sache, pour que les descentes soient réorganisées en conséquence, et pour que la personne ait le temps de faire ses affaires avant de descendre définitivement.

On dit ce que c'est. On dit ce que ça coûte. Ce qui arrive après, c'est ton choix.|Le Régisseur actuel, à chaque nouvelle recrue

Recrutement

Les Yeux Pâles ne recrutent pas activement. La réputation du fort suffit à attirer ceux qui conviennent. Les candidats arrivent d'eux-mêmes à Dhordarak, généralement des gens qui ont entendu parler de la paye et qui ne savaient pas encore à quoi s'attendre en arrivant.

Le Régisseur reçoit chaque candidat, lui décrit le travail sans embellissement, lui montre les yeux de quelques récolteurs anciens, et lui laisse une nuit pour décider. Ceux qui partent le lendemain matin ne sont pas mal vus. Ceux qui restent signent un contrat simple : durée déterminée ou indéterminée, paye à la récolte, logement et nourriture inclus, prime d'exposition versée mensuellement.

La prime d'exposition est la seule concession émotionnelle de la guilde. Elle augmente avec les années de service et sert, officieusement, à compenser ce que les récolteurs savent attendre d'eux-mêmes sur le long terme.

Les Ladres

L'exposition prolongée à la Vase Putride finit par infecter ceux qui y travaillent trop longtemps. Le Chancre progresse lentement, par accumulation : rigidité des articulations, peau qui noircit par plaques, indifférence croissante à la douleur et aux émotions. Les Yeux Pâles appellent ces personnes des Ladres.

Quand les signes deviennent clairs, le récolteur prend ses affaires et descend dans les galeries intermédiaires. Pas d'expulsion formelle. On serre quelques mains, on pose un sac devant une porte si la personne tarde trop, et c'est tout. Les Ladres ne remontent pas. Les récolteurs actifs leur laissent parfois de la nourriture au Niveau Zéro, sans descendre davantage.

C'est la partie la plus connue de la guilde à l'extérieur, et la principale raison pour laquelle personne ne cherche à prendre Dhordarak par la force. Attaquer le fort, c'est risquer d'ouvrir la Porte du Bas dans le chaos d'un assaut. Ce qui remonte quand la porte est ouverte sans contrôle, personne ne veut le gérer.

Au fort, on parle encore des plus anciens Ladres par leur prénom. Ce n'est pas de la pitié. C'est de la continuité.

Commerce & Clients

Les Yeux Pâles vendent trois produits. Les Perles de trame sont leur commerce ouvert : prix fixes, disponibilité affichée, achat sans question. La Teinture Pâle et la Boue-Douce sont vendues sans publicité mais sans dissimulation non plus. Qui demande obtient une réponse honnête sur ce que c'est et ce que ça fait.

Ils ne contrôlent pas la revente de leurs produits et n'en ont pas l'intention. Une fois la caisse partie, c'est le problème de l'acheteur.

Une fois par mois, un messager arrive avec un sceau de cire noire sans emblème et repart avec une livraison scellée. Cet accord ne date pas du fondateur, contrairement à ce que la tradition orale du fort laisse entendre. Les notes de Vak n'en font aucune mention. Il s'est installé dans les premières années de la guilde, au moment où les financiers d'origine ont disparu, et personne n'a jamais jugé utile de remonter à la source tant que le protecteur protégeait. Son contenu exact et l'identité du destinataire ne sont connus de personne au fort. Ce qui est connu, c'est que depuis soixante ans, aucune guilde rivale n'a tenté de prendre Dhordarak. Le Régisseur actuel a remarqué que le sceau a légèrement changé il y a trois mois. Il n'en a parlé à personne.

Rumeurs & Péripéties

  • Un ancien Cuisinier aurait quitté la guilde avec une copie partielle des recettes de raffinage. Il serait quelque part dans le désert, à essayer de reproduire les produits avec moins de moyens et moins de précautions.

  • Le Régisseur actuel ne sait plus depuis combien de générations les actionnaires silencieux sont en place. Il cherche discrètement des informations sur qui Hordren Vak fréquentait avant de fonder le fort.

  • Certains récolteurs affirment que Les Ladres les plus anciens ne descendent plus aussi loin qu'avant. Comme s'ils remontaient progressivement vers le Niveau Zéro. Lentement. Sans raison apparente.