Lieu
Fontenac
À Fontenac, les familles viennent à la chapelle des Noms pour se souvenir et faire inscrire un proche. Les artisans, les auberges et le petit théâtre accueillent aussi leurs visites. Une inscription contestée et un refrain connu de plusieurs personnes invitent à comparer les témoignages sans conclure trop vite au miracle.
On vient à Fontenac pour faire inscrire le nom d'un proche à la chapelle des Noms, assister à une commémoration ou régler les derniers détails d'une sépulture. La route depuis Brévannes amène aussi des marchands, des parents en visite et des spectateurs au petit théâtre.
Un bourg habité
Autour de la chapelle, les auberges réservent leurs chambres sèches aux familles qui peuvent les payer. D'autres visiteurs dorment à plusieurs dans l'arrière-salle d'un logeur. Les tailleurs de pierre travaillent devant des monuments coûteux, tandis que des parents négocient le prix d'une simple inscription. La cire, la poussière de taille et les eaux sales s'accumulent dans les passages de service.
Les personnes qui viennent se recueillir ne partagent pas toutes les mêmes convictions. La chapelle accueille plusieurs formes d'adieux, et ses propres desservants discutent des usages qu'il convient d'accepter. Une inscription commémorative atteste qu'un nom a été confié à la chapelle. Elle ne prouve ni une apparition ni un miracle.
Dans le vestibule de la chapelle, des tablettes provisoires attendent que les noms soient gravés. Une famille conteste celui inscrit pour la couturière Édith Barret : le nom retenu est celui de son premier mariage, qu'elle avait cessé d'utiliser. Sa sœur possède une lettre signée ; le fils qui a commandé l'inscription veut conserver le nom sous lequel il l'a toujours connue. Le desservant peut montrer la demande reçue, sans décider quelle mémoire familiale doit l'emporter. Corriger la tablette, ajouter une mention ou maintenir le texte demande d'abord d'entendre ceux qui l'ont connue.
Les lieux de sépulture
Le cimetière municipal accueille les familles des deux peuples, mais il faut encore payer le transport, le cercueil et les frais de sépulture. Les terrains les moins chers prennent l'eau. À Fontenac même, l'accès à certaines concessions paroissiales reste contesté. Les familles aisées peuvent payer quelqu'un pour défendre leur demande pendant que les plus pauvres perdent une journée de travail à attendre au guichet.
L'Association des volontés funéraires aide à retrouver des documents, conserver des copies et préciser les demandes des vivants. Elle ne décide pas à la place des familles et ne commande ni à la municipalité ni à la paroisse.
Le théâtre et les visiteurs
La troupe amateur répète dans une salle qui sert aussi aux réunions. Les costumes passent d'un rôle à l'autre, recousus et rallongés. Une collecte paie le combustible avant les représentations d'hiver. Les habitants peuvent y rire d'une comédie, à condition que quelqu'un ait trouvé de quoi chauffer la salle.
Une trappe donne accès au dessous de la scène ; les accessoires y restent au sec sur des tasseaux. Le fils de Berthe Lormet participe aux répétitions et réserve une chaise à sa mère, même quand son service la retient. La chanteuse Marguerite Vignal a repris un refrain qu'une spectatrice cendrée dit avoir entendu pendant une Reprise. Marguerite le tient d'un ancien cahier de chansons. Comparer les paroles, interroger la famille et retrouver les copies peut éclairer leur circulation. Faire taire la chanson ne prouverait rien, mais pourrait suffire à faire perdre à la troupe sa recette attendue.
La collecte a payé le combustible, nous pourrons jouer. Pour les costumes, on fera comme d’habitude : quelques points à reprendre, un ourlet à descendre, et nous aurons tous l’air d’avoir changé de garde-robe.