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Lieu

Brévannes

Carrefour ferroviaire entre Mérance et Ormeval, Brévannes vit des ateliers, des marchandises et des voyageurs. Dans les remises comme sous la halle, une pièce promise à un client peut manquer à un autre. La Foire des ateliers offre des commandes, des rencontres et quelques occasions de danser.

4 min de lecture

À Brévannes, la fumée des locomotives se mêle aux rejets des ateliers. La voie ferrée venue de la ville rejoint ici l'embranchement d'Ormeval. Devant la gare, les voitures pour Fontenac attendent près des charrettes de livraison, dans une boue noire que les roues ramènent jusque sur les marches.

Autour de la gare

Les ateliers ferroviaires occupent un côté des voies. De l'autre se trouvent les bureaux d'expédition et les pensions. Les négociants disposent de chambres chauffées et d'un salon où leurs bottes sont nettoyées. Plus près des entrepôts, les journaliers louent un lit dans des pièces humides, avec un robinet pour tout l'étage. Ceux qui entretiennent ces chambres ont beau frotter, la suie revient par les fenêtres et l'odeur des évacuations par le plancher.

Les porteurs sont payés pour les charges déplacées. Une journée sans arrivée peut laisser un foyer sans argent pour le pain. Les wagons apportent aussi des denrées conservées et le combustible destiné aux maisons, aux ateliers et aux cultures éclairées. Sous la halle, on achète quelques légumes à la fois et l'on fait reprendre un outil qui devrait être remplacé. L'atelier Delmas reçoit ces réparations dans une rue voisine.

La porte de la citerne

Derrière les remises ferroviaires, une ancienne citerne abrite un passage vers l’autre monde. La mécanicienne Mariette Vignal en organise la vidange : une fois la porte dégagée, les voyageurs peuvent rejoindre le Bief pâle, un quartier où le canal remonte une falaise. Ils reviennent par la même ouverture avant la remontée de l’eau. La pompe ne peut fonctionner qu’environ deux heures d’affilée.

Des artisans y échangent de petites pièces d’atelier contre des céramiques résistantes aux eaux corrosives. Tout passe à dos d’homme dans l’escalier de la citerne. La conduite de la pompe se fend ; Mariette limite les descentes, tandis que le propriétaire songe à condamner l’accès. Des voyageurs attendent pourtant leur retour, de part et d’autre de la porte.

Des avis partagés

Dans les remises ferroviaires, une fosse permet d'atteindre le dessous des machines. Les ouvriers posent des planches sur ses bords lorsqu'ils déplacent une charge. Solange Veyre attend une ferrure pour un appui du sanctuaire ; une pièce du même lot doit remettre en état un véhicule de l'embranchement. L'atelier ne peut pas achever les deux commandes avec les matériaux disponibles. Le chef de remise, Henri Valette, peut montrer les bons et la pièce fissurée. Il craint de promettre un service qu'il ne pourra pas assurer.

Des familles comptent sur ce véhicule pour leurs consultations à Mérance. Aubin peut expliquer l'urgence du sanctuaire, sans connaître à lui seul les besoins des voyageurs. Trouver une autre pièce, revoir l'ordre des travaux ou organiser un transport provisoire demande de consulter les personnes concernées. Les ouvriers refusent qu'on attribue ensuite le retard à leur seule lenteur.

Une réduction du service vers Ormeval est à l'étude. Les employés du rail craignent pour leur travail. Des familles s'inquiètent surtout des trajets vers les consultations de la ville. Près des voies de garage, d'autres habitants espèrent enfin ouvrir leurs fenêtres sans retrouver de suie sur le linge.

Les propriétaires des maisons voisines continuent de réclamer leur loyer, même lorsque la fumée rend les chambres presque inhabitables. Les familles concernées ont rarement de quoi payer un déménagement. Défendre la ligne peut donc revenir à défendre le travail qui les oblige à rester là.

Les jours de fête

À l'automne, la Foire des ateliers remplit la halle et les rues voisines. Les séances de cinéma et les soirées dansantes offrent d'autres rendez-vous dans l'année, pour ceux qui peuvent encore payer leur entrée. Un café affiche les heures auxquelles son poste de radio diffuse de la musique. Quelques habitués font durer un verre pendant toute l'émission.

La halle a des volets que l'on relève pour les livraisons et des anneaux de suspension trop hauts pour être atteints sans échelle. Avant la foire, les commerçants déplacent leurs réserves ; après, il faut retrouver les bancs prêtés. Lise Delmas y cherche un emplacement d'où sa démonstration sera audible. Un voisin lui propose sa meilleure table, à condition de récupérer avant le bal les raccords qu'elle voulait emprunter.

Nous prenons un verre pour toute l’émission. Le cafetier connaît la durée des morceaux mieux que nous : dès que la musique s’arrête, il vient voir si nous avons encore soif.

— Une habituée du café, à Brévannes