Aller au contenu principal

Faction

La famille Delmas

Les Delmas réparent des mécanismes à Brévannes. Agnès défend la précision du travail, Marius les contrats et une retenue sur les salaires contestée par les ouvriers. Lise prépare une démonstration pour gagner de quoi rejoindre le cinéma itinérant. Leur atelier abrite des savoir-faire, des repas et des désaccords qui durent.

3 min de lecture

La famille Delmas tient un atelier de mécanique de précision à Brévannes. Agnès l'a fondé avec son époux, aujourd'hui décédé. Elle y supervise encore les réparations délicates, tandis que leur fils Marius s'occupe des contrats et des salaires.

Une réputation acquise au travail

On reconnaît aux Delmas une peau grise et des iris pâles. Leur savoir vient de l'apprentissage, des essais et des commandes reprises lorsqu'elles ne donnaient pas satisfaction. L'atelier emploie des personnes des deux peuples.

Agnès protège de la poussière le banc où elle prend ses mesures. À quelques pas, de l'huile tombe sous un arbre de transmission et les courroies passent sans carter. Le gabarit dont elle est fière a réduit les défauts de certaines pièces ferroviaires. D'autres commandes ont coûté cher : la famille a dû rappeler un lot défectueux à ses frais. Les outils précis côtoient ici des machines rafistolées que les ouvriers entretiennent comme ils le peuvent.

Ce qui divise la famille

Marius retient une partie du salaire des apprentis jusqu'à la fin de leur formation. Celui qui part plus tôt perd la somme retenue, même s'il en a besoin pour manger ou payer son lit. Marius affirme que cette pratique protège l'atelier contre les départs vers la concurrence. Paul Vernet, un salarié humain, demande que chacun reçoive son salaire entier. Agnès avait donné son accord pendant une période difficile. Elle sait désormais ce que cette décision impose aux apprentis.

Lise, la fille adulte de Marius, répare du matériel sonore. Elle voudrait travailler avec un exploitant de cinéma itinérant. Marius peut lui refuser l'argent du départ. Pour se passer de son aide, elle doit obtenir un engagement payé, économiser pour le voyage et trouver où dormir.

Une maison et un atelier

Les Delmas ont une maison au-dessus de l'atelier et mangent plus régulièrement que certains de leurs employés. Un client ferroviaire qui tarde à payer menace pourtant plusieurs salaires. À la Foire des ateliers, la famille présente ses réparations et un jouet musical mécanique. Lise prépare une démonstration sonore dont elle espère tirer le prix de son départ.

Le dimanche, Agnès demande que les outils restent en bas. La règle cède lorsqu'un jouet refuse de jouer sa dernière note : chacun donne son avis, et le plat refroidit. Certains repas prennent la forme d'un repas des vivants. Les invités apportent une chanson choisie par la personne à qui le repas est consacré, un souvenir de travail commun ou un objet réparé. Un ami peut raconter une soirée que les parents n'ont jamais connue. Personne n'est tenu de parler des ancêtres.

Lise veut consacrer une soirée à essayer son matériel devant des voisins avant la foire. Paul Vernet propose de l'aider si les apprentis peuvent venir sans perdre leur soirée à déplacer les machines. Marius préférerait montrer une commande payante ; Agnès voudrait transmettre son gabarit à quelqu'un qui prendra le temps d'apprendre à s'en servir. Les cahiers de travail, les retenues de salaire et une éventuelle promesse du cinéma donnent à chacun des arguments vérifiables. Une commande obtenue ne résout pas automatiquement le conflit sur les salaires ni le départ de Lise.

J’aimerais entendre le matériel de Lise avant la foire. Seulement, si on finit les commandes tard et qu’il faut encore déplacer les machines, je vais surtout m’endormir sur le banc.

— Un apprenti de l’atelier Delmas, à Brévannes