Lieu
Le sanctuaire de la Chair Éternelle
Hors de Mérance, le sanctuaire reçoit les fidèles, les équipes et les livraisons par des entrées distinctes. Dans la Cour des Relèves, on attend un proche ou une pièce de rechange. Plus loin, la chambre des Étais exige autant de soin pour les ouvriers que pour les appuis de la Chair.
Une route de service conduit de Mérance au sanctuaire. Des voitures de fidèles y croisent les chariots chargés de linge, de provisions et de pièces. À l'arrivée, les visiteurs gagnent la galerie des offices ; les livraisons passent par la Cour des Relèves. Les deux entrées ne donnent ni les mêmes vues ni les mêmes permissions. On peut avoir prié ici toute sa vie sans avoir vu le passage où travaille un parent.
Voir depuis la galerie
Derrière le garde-corps apparaissent une portion de chair, des tirants et le dos des ouvriers penchés sur les raccords. La vapeur et les maçonneries empêchent de suivre une chaîne jusqu'à son attache. Des tissus se contractent contre leurs enveloppes rivetées. Les fidèles assistent à l'office au bruit de l'entretien, parfois interrompus par une consigne qu'il faut transmettre de rang en rang.
Le père Aubin Tessier peut demander l'ouverture d'une galerie, mais son autorité ne s'étend pas à toutes les chambres. Depuis un accident survenu pendant un office, il exige de voir les voies d'évacuation avant une intervention. Pendant une Mue, il peut faire sortir les fidèles avant la fin des prières. Des proches restent alors dans la cour, sans savoir quand leur équipe remontera.
Manger dans la Cour des Relèves
Sous l'auvent, Berthe Lormet sert les travailleurs puis les personnes qui attendent. On pose les pièces sur des tréteaux, hors du passage des civières. La cuisine et la salle de soins donnent sur la cour. Des familles y raccommodent du linge ; un ouvrier rapporte un roman emprunté avec plusieurs taches nouvelles. Berthe veut bien prêter ses marmites, à condition qu'on lui rende aussi les couvercles.
Pour servir ces repas supplémentaires, elle a dû acheter à crédit en son nom. Son cahier compte davantage de portions que les effectifs indiqués sur les feuilles de service : des proches ont mangé sans être comptés parmi les équipes. Vérifier les dépenses peut permettre de payer ce qui lui est dû, mais aussi conduire un administrateur à supprimer ces repas. Berthe demande d'abord qui mangera demain.
Travailler entre les étais
Solange Veyre connaît la chambre des Étais aux traces que les semelles des appuis laissent contre les murs. Une équipe autorisée y travaille au soutien d'une portion du corps. Avant de desserrer une ferrure, elle reprend la charge ailleurs. La rampe de service ramène vers la cour ; un étai déplacé peut en réduire le passage. Les visiteurs accompagnés restent sur la passerelle.
Irène Caillet note les heures d'une plainte qu'elle entend ici. Elle voudrait comparer ce bruit à celui de la chambre ancienne, accessible seulement avec autorisation et escorte. Son carnet, les feuilles d'entretien et les observations de Solange permettent de préparer une inspection sans provoquer une nouvelle alerte. Accorder du temps à cette recherche, terminer l'appui et laisser la rampe libre demandent de répartir une équipe déjà fatiguée. Derrière la porte gardée, personne ne promet que le bruit se répétera.
Je suis venue par la galerie les premières fois. Maintenant j’attends dans la cour : si mon fils remonte, quelqu’un pourra me prévenir pendant que j’aide à laver les plats.