Aucun style de jeu n'est supérieur à un autre, mais tout est dans l'harmonie entre le jeu et le groupe.
Si vous me connaissez un peu, si vous avez suivi mes vidéos sur ma chaîne JDR Paresseux ou jadis sur Dans l'Ombre du Dragon, vous savez sans doute que mes goûts en matière de jeux de rôle (JDR) sont aujourd'hui éclectiques et peu orthodoxes.
J'ai longtemps joué à Donjons et Dragons, de la 2e édition à la 5e édition en passant par la 4e (ma préférée, mais ce serait le sujet pour un autre billet). Quand j'ai découvert les JDRs dits indépendants vers 2017, ça a été comme une révélation : ça a ouvert mon monde à de tous nouveaux possibles! Ça m'a surtout permis de mettre des mots sur des insatisfactions persistentes par rapport à mes groupes passés. Lorsque j'ai accepté de rejouer pour un temps à la 3e édition de D&D il y a quelques années, ça m'a confirmé que le style de jeu des autres joueur.euses était incompatible avec le mien.
Il y a bien sûr plus d'une façon de jouer à D&D. Je dirais même (avec un peu d'exaggération) qu'il existe autant de versions de D&D qu'il y a de tables de ce jeu. C'est justement cette grande variété d'interprétations des règles et de styles de jeu qui rend si difficile pour moi de trouver un groupe qui colle à mes préférences.
C'est l'une des raisons pour lesquelles je me suis tourné vers des jeux qui proposent des expériences plus spécifiques avec des corpus de règles qui soutiennent précisément ces expériences.
Cela rend beaucoup plus simple l'identification de jeux dans lesquels je vais retrouver mon plaisir, comme joueur ou comme maître de jeu (MJ). Par exemple, rien n'empêche de créer une intrigue politique dans D&D, mais en tant que MJ, je vais privilégier un jeu comme Urban Shadows (US) qui me laisse gérer le tout sans règle maison, à l'aide de ses faveurs et de ses factions. Je sais que la partie va tendre naturellement vers du jeu politique puisque les personnages dans US ne peuvent progresser sans s'y mêler.
Ça devient aussi plus aisé de recruter un groupe durable et harmonieux. On pourrait penser qu'il est ardu de trouver des joueur.euses qui veulent bien jouer à autre chose que les géants que sont D&D, Call of Cthulhu, Warhammer, etc. Et ce n'est pas totalement faux. Sauf que je peux vous garantir que lorsqu'on donne la chance aux gens d'essayer quelque chose de différent, d'inusité, qui les pousse hors de leur zone de confort, plusieurs sauteront sur l'occasion! Les tables de jeux indépendants, narratifs ou sans maître de jeu au festival Draconis sont souvent les premières à se remplir. J'ai aussi eu beaucoup de succès à introduire de tels jeux dans la pratique de groupes relativement traditonnels grâce à des one-shots de découverte.
C'est important pour moi de partager mon expérience parce que je pense que personne ne devrait être obligé de passer du mauvais temps à jouer à des jeux qui ne leur correspondent pas. Vos préférences sont valides! Il existe tellement de systèmes, tellement d'univers... Des milliers d'auteur.es qui proposent autant de visions différentes du JDR dans leur jeu. Impossible de ne pas y trouver son compte (et même si c'était le cas, rien ne vous empêche de faire comme moi et créer vos propre jeux). Notre hobby en est un de l'imaginaire. Il n'appartient pas à un groupe de personnes plus vocal ou plus visible qu'un autre, et encore moins à une mégacorporation. Nous devrions toutes et tous pouvoir le définir à notre image.
Avec ce postulat que toutes les préférences en JDR sont valides et donc devraient être représentées dans notre hobby viennent quelques précisions :
- Des styles de jeu qui en imposent aux autres ou, pire, qui les blessent, ne sont pas acceptables. Ça devrait aller de soi, mais ce n'est malheureusement pas le cas. Ça va des loups solitaires qui refusent de jouer collaborativement pour prioriser leur histoire aux MJs qui ne respectent pas le consentement des joueur.euses en introduisant des éléments hautement sensibles sans discussion préalable. Parfois, c'est simplement une question de recalibrage. Dans de rares occasions, on a affaire à une personne toxique et votre table s'en portera mieux sans elle. Dans tous les cas, le plaisir d'un individu ne devrait primer sur celui de tous les autres.
- Aucun style de jeu n'est supérieur à un autre. Il y a parfois une tendance dans le hobby, accentuée par les réseaux sociaux, à entrer dans des guerres de clochers avec des personnes qui ne pensent pas comme nous : vision différente du JDR, jeu préféré ou détesté, édition fétiche... Moi-même j'ai joué dans ce film lorsque j'ai découvert les jeux indépendants (c'est souvent le problème avec les "révélations").
Y a-t-il des systèmes de JDR objectivement meilleurs que d'autres? Peut-être; j'ai lu et essayé une grande quantité de jeux et je ne suis pas prêt à me prononcer de manière ferme là-dessus. La vérité, c'est que ce genre de débats mène rarement à des conclusions heureuses. Plus souvent qu'autrement, les participant.es se sentent attaqué.e dans leurs goûts personnels. Sans compter que ça a pour effet d'ériger et de renforcer des frontières artificielles dans le hobby. Ceci m'amène à ma troisième précision. - On peut tout à fait apprécier une diversité de styles de jeu. Notre choix de jeu ou d'univers peut dépendre de nos envies du moment, d'une série qu'on a récemment bingée, des gens avec qui on joue, etc. Comme on peut être satisfait par le jeu auquel on joue sans faute chaque deux semaines depuis des décennies. Et nos préférences peuvent évoluer avec le temps. Tout cela est valide.
Exemple criant : bien que je sois particulièrement friand de drame interpersonnel et de création collaborative dans mes parties, il m'arrive d'avoir le goût d'un bon combat crunchy (le pourquoi de mon amour étrange pour D&D 4E) ou de l'exploration en hexcrawl. Le jeu tactique, l'Old School, les PbtAs, les storygames ne sont pas des pôles opposés : ce sont des kiosques où l'on peut piger selon nos envies et nos besoins.
Créateur de jeux de rôle et MJ paresseux.
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