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Le jeu de rôle comme laboratoire de l'âme

JaneofAnarchy 4 min de lecture
Jane Of Anarchy

À quoi nous servent les jeux de rôles? Et si en plus de nous divertir, ceux-ci avaient une mission beaucoup plus profonde et noble?

Le jeu de rôle comme laboratoire de l'âme

Dans mon précédent article, je parlais de l'utilisation du jeu de rôle comme support social pour les personnes autistes. Après plusieurs discussions avec des personnes allistes (les non-autistes)  j'ai toutefois réalisé une chose : le jeu de rôle ne sert pas uniquement à développer des habiletés sociales. Pour beaucoup de gens, il devient aussi une forme d'exploration personnelle. Une sorte de laboratoire de l'âme. Voir même une soupape de sécurité. 

Quand nous créons un personnage, nous avons rarement l'impression de parler de nous-mêmes. Pourtant, avec un peu de recul, on se rend compte que nous glissons souvent dans nos créations des morceaux de notre personnalité, de nos rêves, de nos blessures ou même de nos frustrations.

Combien de fois ai-je vu des joueurs créer des personnages dignes de Casanova alors qu'ils avaient autant de talent pour cruiser qu'une canne de thon? À l'inverse, combien de timides notoires se sont transformés en héros charismatiques capables de tenir tête aux rois, aux dragons et aux dieux eux-mêmes?

Ce phénomène est particulièrement visible chez les adolescents, mais il ne disparaît jamais vraiment à l'âge adulte.  Je crois simplement que la fonction du jeu de rôle évolue.   Nous jouons parfois ce que nous aimerions être. Nous jouons parfois ce que nous n'osons pas être. Et dans certains cas, nous jouons exactement ce que nous sommes, mais sous un autre visage.

Une fenêtre dans le tunnel

Nous vivons dans une société où tout semble tourner autour de la performance.

Il faut travailler, produire, réussir, se dépasser, être efficace. Les journées défilent à un rythme effréné et les responsabilités s'accumulent. Pour beaucoup d'adultes, le jeu de rôle devient alors bien plus qu'un simple loisir. Il devient une fenêtre ouverte dans le long tunnel de la vie quotidienne.

Pendant quelques heures, nous pouvons déposer nos factures, nos obligations et nos inquiétudes à l'entrée de la salle de jeu.

Nous devenons quelqu'un d'autre. Ou peut-être devenons-nous simplement une version différente de nous-mêmes.

Dans ces univers imaginaires, nous pouvons être courageux lorsque nous avons peur. Nous pouvons exprimer notre colère lorsqu'elle est restée coincée dans notre gorge. Nous pouvons accorder notre confiance ou, au contraire, nous permettre de devenir méfiants. Nous pouvons explorer nos zones de lumière comme nos zones d'ombre.

Avec les années, je me suis rendu compte que plusieurs de mes personnages m'ont servi à régler des comptes avec la vie. Ils ont tenu tête à des personnes devant lesquelles je n'avais pas osé parler. Ils ont pris des décisions que je n'aurais jamais prises. Ils ont exprimé des émotions que je n'avais pas les mots pour nommer.  Ce n'était pas toujours conscient.  Mais aujourd'hui, en regardant derrière moi, je réalise que plusieurs de mes personnages m'ont probablement aidée à traverser certaines périodes sombres de ma vie.

Un défi inattendu

Pour ma prochaine campagne, mon maître de jeu m'a lancé un défi.  Sachant que j'aime sortir de ma zone de confort, le drôle m'a demandé de créer un personnage ayant eu une vie heureuse.  La consigne peut sembler simple.  Pourtant, elle m'a donné beaucoup plus de fil à retordre que prévu.

Comme de nombreux joueurs, j'ai souvent créé des personnages marqués par les tragédies, les traumatismes ou des événements particulièrement sombres. Ces histoires me viennent naturellement. Elles offrent des conflits, des motivations et des blessures à explorer.  Mais imaginer quelqu'un qui a grandi dans le bonheur? Quelqu'un qui n'est pas défini par ses souffrances?  Quelqu’un qui n’est pas intimidé par le simple fait d’exister?  Étonnamment, cela m'a demandé beaucoup plus de réflexion.

Finalement, est née Miséricorde Divine de la Bellépine, surnommée Ram, une satyre barde et roublarde.  Ram est tout ce que je ne suis pas.  Elle est flamboyante. Exubérante. Impossible à ignorer. Elle possède un rire tonitruant, occupe l'espace sans hésitation et semble capable d'aborder n'importe qui sans la moindre gêne.  Pour donner une image, je la vois comme un improbable mélange entre Jojo Savard et Whoopi Goldberg dans Ghost.  Bref, tout un contraste avec la femme plutôt discrète et réservée que je suis dans la vie de tous les jours.

Je dois avouer que l'idée de l'incarner me fait un peu peur.  Mais elle m'intrigue aussi.  Car c'est peut-être là le véritable pouvoir du jeu de rôle.  Pas seulement celui de nous permettre d'incarner des personnages qui nous ressemblent.  Mais celui de nous offrir l'occasion d'essayer, pendant quelques heures, de devenir quelqu'un d'autre.  De prendre des vacance de notre cerveau... de nos soucis, de nos moments où on est moins fier de soi.   Et parfois même, de découvrir qu'une partie de ce personnage existait déjà en nous depuis le début.  Il ne manquait que l’occasion pour qu’il se révèle. 

JaneofAnarchy

JaneofAnarchy

Autrice non publiée qui écrit depuis qu'elle a cinq ans, Janick travaille comme éducatrice spécialisée et utilise sa passion de jeux de rôles pour soutenir ses élèves au quotidien.

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